Politique

Attention : pactes avec impacts nuisibles

Ecrit par Simone Wapler

Les impacts des balles des kalachnikovs nous valent un nouveau pacte.

Nous avions déjà eu droit au pacte de stabilité, au pacte de compétitivité, voici maintenant le pacte de sécurité.

Impact et pacte : deux mots mis à toutes les sauces par les communicants de nos jours.

Malheureusement, aucun « pacte » ne remplace la clairvoyance, le courage, la détermination de chacun.

A ce stade, certains vont sans doute s’offusquer : « quel horrible cynisme, mettre sur le même plan trois choses aussi différentes que le budget national (pacte de stabilité) le mercantilisme économique (pacte de compétitivité) et la défense de notre civilisation, de notre art de vivre, de nos valeurs (pacte de sécurité) ».

Certes, je comprends, mais notez bien que ce n’est pas moi qui use d’un vocabulaire pauvre. Recourir aux mêmes mots pour prétendre qualifier les remèdes à deux situations aussi différentes révèle bien l’indigence de nos gouvernants.

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement

Et les mots pour le dire viennent aisément. »

disait Boileau.

L’inverse est vrai, des idées confuses se camouflent avec du charabia et du jargon, des expressions galvaudées et toutes faites. J’imagine que « pacte » plaît aux communicants car le mot est dérivé de paix et la paix, c’est vendeur.

De même « impact » fait net, précis, marques de balles ou d’obus, déterminé, guerrier. C’est aussi vendeur auprès d’un autre public. Vous combinez les deux, et magie, vous devenez tout public.

L’émotion et la pensée se combinent mal. Les gens sont encore traumatisés. Un chien d’assaut du RAID a été abattu par les terroristes le mercredi 18 novembre malgré son gilet pare-balles fourni par les contribuables.

Comment faire pousser des pousses de brocoli
Diesel, chienne du Raid abattue par des terroristes lors de l’assaut de
Saint-Denis le 18 novembre 2015

Libre d'agir - Parce qu'on est ce que l'on fait Et la Guerre contre les Arachides, alors ?

Ceci m’a rappelé ce qu’écrivait Bill Bonner, à froid, cinq ans après les attentats de septembre 2001.

« Et pourquoi la Guerre contre la Terreur se poursuit-elle ? Cinq ans se sont écoulés depuis qu’une petite bande de fanatiques a fait s’écrouler les tours du World Trade Center. Depuis, on a dépensé des centaines de milliards de dollars pour protéger la mère-patrie… mais contre quoi, nous demandons-nous ?

Depuis 2001, les terroristes ont causé moins de morts sur le sol américain que les réactions allergiques aux cacahuètes. Nous attendons la Guerre contre les Arachides…

Mais les dépenses… les recherches… les brutalités… le commerce de la peur continuent. Pourquoi ? Parce que cela convient aux parasites.

Depuis le 11 septembre 2001, selon le journal londonien The Observer, ‘une industrie très lucrative’ est née aux Etats-Unis — protéger la mère-patrie contre les terroristes. On n’avait pas vu un tel racket à la protection depuis le maffieux Lucky Luciano dans le New York des années 1920. Dans tous les états de l’Union, il n’y a peut-être pas assez de terroristes pour remplir une petite prison de campagne, mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’argent à faire dans le domaine de la sécurité nationale. En fait, depuis l’aube du XXIe siècle, quasiment la moitié de tous les nouveaux emplois américains sont venus, directement ou indirectement, de deux secteurs en plein essor — l’immobilier et la sécurité. Le premier est une illusion, le second une escroquerie.

‘Il y a sept ans de cela, on trouvait neuf entreprises ayant des contrats concernant la sécurité nationale [américaine]’, rapporte The Observer.’A présent, il y en a 33 890. Depuis 2000, 130 milliards de dollars de contrats gouvernementaux ont été accordés’.

The Observer se demande si tout cet argent a été correctement dépensé.

Le journal mentionne un contrat visant à fournir des gilets pare-balles aux chiens dans l’Ohio. Est-ce une dépense qui en valait la peine ? Nous n’en savons rien. Mais nous allons faire une supposition audacieuse : entre aujourd’hui et le jour où il gèlera en Enfer, pas un seul Américain pur jus ne sera sauvé des terroristes par un chien de l’Ohio portant un gilet pare-balles ».

Notre chienne française équipée de gilet pare-balles et morte au combat a-t-elle sauvé une vie humaine ? A mon tour de faire une supposition audacieuse : cinq ans plus tard, nous ne saurons probablement rien de l’efficacité notre « pacte de sécurité ». Comment spéculer sur ce qui ne s’est pas produit ?

En revanche, ce pacte nous conduit sûrement vers la faillite. La dette nationale est insupportable par les contribuables. Elle ne sera jamais remboursée, inutile de la creuser encore plus.

Le terrorisme se porte bien cette année, fait remarquer mon collègue américain de Baltimore, Chris Campbell :

« 2 000 Nigérians brutalement assassinés en janvier durant deux jours

91 Camerounais tués en un jour en février

137 Yéménites tués dans une seule journée de mars

147 étudiants kényans sauvagement assassinés en un seul jour en avril

146 Syriens assassinés en une seule journée de juin

162 Irakiens tués en un seul jour en juillet

126 Irakiens tués en trois jours en août

145 Nigérians assassinés en septembre en un seul jour

219 Russes et 102 Turcs assassinés en octobre

95 morts Turcs assassinés à Ankara en octobre

43 Beyrouthins tués la veille de l’attaque parisienne en novembre

132 Parisiens tués en novembre. »

Et si nous arrêtions de faire ce que nous avons fait durant ces 14 dernières années, s’interroge Chris Campbell ? Cela n’a pas marché et rien ne permet de suggérer que cela fonctionnera.

Simplement arrêter de faire ce que nous avons fait jusque-là : promouvoir militairement des gouvernements lamentables à l’étranger ; dans notre pays, sacrifier nos libertés sous des prétextes fallacieux, céder au communautarisme et renoncer à appliquer la stricte égalité de droits.

A propos de l'auteur

Simone Wapler

Rédactrice en Chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler
Ingénieur de formation, Simone Wapler a quitté depuis plus de 13 ans le secteur de l'ingénierie aéronautique pour se concentrer sur les marchés boursiers. En 2001, elle entre aux Publications Agora -- groupe de presse et d'édition spécialisé dans la recherche et les conseils financiers – dont elle prend la direction éditoriale en 2011. Son expertise sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.
La force de Simone Wapler, c'est son indépendance. Attention, elle n'est pas pour autant isolée, elle reste connectée en permanence à un réseau de spécialistes iconoclastes unique au monde : Agora Inc. Mais Simone ne se contente pas comme beaucoup de collecter les informations officielles et de les relayer... Non, elle va au charbon -- et utilise sa puissance d'analyse pour décrypter elle-même l'actualité, chiffres à l'appui, afin d'apporter une véritable plus-value d'information à ses lecteurs, sous une forme simple et sans jargon.
C'est simple, elle a été parmi les premiers à s'intéresser à l'or et à prédire sa hausse continue. Elle a mis en garde le grand public -- bien avant la presse généraliste -- de l'explosion de la bulle internet en 2000... des dérèglements financiers mondiaux de l'après 11 septembre 2001... de la bulle des junk bonds de 2001... de la bulle immobilière américaine en 2007... de la crise des dettes souveraines dès fin 2009...
Plus récemment encore, elle a averti ses lecteurs du risque pesant sur les obligations grecques, espagnoles ou portugaises – ou sur de nombreux placements autrefois sûrs, et désormais à fuir. Elle n'a pas attendu pour cela la dégradation des notes souveraines de ces Etats ou encore celle, en juin 2012, de grandes banques comme la Société Générale ou BNP Paribas.
Simone Wapler travaille tous les jours pour vous permettre d'avoir un temps d'avance sur les autres et vous aider à protéger votre capital contre les dangers qui le menacent.
Elle est également rédactrice en chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

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