Santé

Faites la chasse aux cosmétiques toxiques

Ecrit par Meriem Saïdi

Se laver, se maquiller, se raser, se parfumer… Voilà des gestes à première vue anodins. Détrompez-vous ! Vous êtes exposé au quotidien à des substances aux noms obscurs. Il vous faudrait un bac+5 en chimie pour comprendre tout ce que vous inhalez, avalez, absorbez par tous les pores de votre peau.

Vous n’êtes pas naïf : vous aspirez à des produits dont la composition ne ressemble pas à un dictionnaire de latin. Les fabricants l’ont compris et tendent vers un allègement de leurs formulations. Il n’empêche que vous trouvez encore beaucoup trop de substances indésirables dans vos produits favoris. Et quand je dis « indésirables », je pèse mes mots ! Agents cancérigènes, reprotoxiques, perturbateurs endocriniens… et que sais-je encore !

Alors, allez-vous continuer à vous enduire de crème hydratante sans vous préoccuper des effets indésirables ou allez-vous faire le ménage dans votre salle de bain ? Pour cela, trois étapes : déchiffrer, choisir et bannir.

Il faudra déchiffrer le charabia des fabricants

Non, je ne vais pas vous conseiller de tout jeter. Adieu mousse, onctuosité, haleine fraîche et peau douce ! Bonjour cheveux secs, yeux gonflés et vergetures… J’arrête là pour les réjouissances. Je ne suis pas dans un magazine féminin. Et non, je ne vous parlerai pas de la dernière crème miracle dont j’ai fait l’acquisition récemment ; vous savez, celle dont on parle dans tous ces magazines où il n’y a rien à lire à part… la publicité.

Ah, la publicité ! Elle fait des miracles, mais retournez donc vos tubes, vous aussi messieurs, et apprenez à lire avant d’enduire votre corps. Depuis 1999, la réglementation européenne impose aux fabricants de cosmétiques de lister sur les étiquettes l’intégralité des ingrédients. Bien qu’utiles, les termes que vous lisez sont bien souvent du chinois, enfin du latin… indéchiffrables pour la plupart d’entre nous.

On vous prend pour des gogos. Le secret industriel en rajoute une couche en matière d’opacité : rien sur la concentration, l’origine ou le mode de fabrication des ingrédients.

Retenez quand même ceci :

  • les extraits de plantes sont en latin ;
  • les substances chimiques ou d’origine naturelle mais transformées par un processus chimique sont en anglais ;
  • les molécules parfumantes sont regroupées sous l’appellation « parfum », « fragrance », ou « aroma » sans obligation de détails ;
  • les colorants sont notés CI (color index), suivi d’un numéro.

Ne vous découragez pas face au nombre vertigineux d’ingrédients. En moyenne, c’est trente. Légalement, pas de minimum, pas de plafond. Le seul repère : la liste par ordre décroissant de présence dès lors que la concentration excède 1%. Et là, vous réalisez que votre super crème hors de prix promettant de vous faire une peau de bébé a pour principal composant l’eau. Vous conviendrez que l’eau du robinet est bien plus abordable…

Je vous épargne les abréviations (BHT, BHA, PEG, PPG…). Il faut bien voir que la réglementation autorise des produits indésirables, avec plusieurs conséquences comme la pollution de l’environnement, une toxicité avérée pour l’homme ou des effets allergisants.

Il faudra choisir : avec ou sans…

Les bulles sont agréables mais synonymes de détergents (sodium lauryl sulfate, sodium laureth sulfate…). Sans bulles, les pains et gels surgras (glycérine obtenue par saponification) nettoient et restaurent le film hydrolipidique de la peau.

Les conservateurs sont inévitables, mais attention à certains parabens soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens. Optez pour le sans paraben, mais pas remplacé par le phenoxyethanol, qui présente des risques pour le foie et la reproduction.

L’onctuosité, obtenue par des produits dérivés de la pétrochimie, ça fait tout de suite moins envie, non ? C’est du plastique que l’on retrouve dans notre chaîne alimentaire (poisson, miel). Le biodégradable existe : la glycérine. L’Europe a créé un nouveau label garantissant un faible impact sur l’environnement : Cosmos.

Le parfum, c’est agréable : limonene, linalool, farnesol, geraniol, benzyl salicylate peuvent vous irriter. Ils sont aussi présents dans certains produits bio. C’est à vous de voir, l’absence de parfum ne signifie pas que le produit ne sent pas bon.

Il faudra bannir…

  • Les nanoparticules de titanium dioxide (ou dioxyde de titane), potentiellement cancérigènes.
  • Le tricoslan et le phenoxyethanol suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.
  • Les sels d’aluminium soupçonnés de favoriser des pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer et impliqués dans certains cancers.
  • Les silicones.

Comment s’y retrouver dans tous ces produits ? Pas simple mais pas impossible. Je vous dirai que chacun d’entre vous possède sa propre nature. La moindre réaction (rougeur, sécheresse, tiraillement…) doit vous inciter à repérer ce qui, dans la composition du produit, vous fait réagir. Vous trouverez assez rapidement ce que vous devrez bannir à l’avenir.

Pour poursuivre dans votre quête de produits « sains », choisissez ceux dont la liste des composants est courte. Un exemple : le savon de Marseille, le « vrai », a une forte teneur en huile d’olive (autour de 70%), pas d’additif, pas de parfum, pas de colorant. Facile à trouver.

Levez le pied sur la consommation de gel douche, d’après-shampooing, de parfum, de masques en tout genre.

Il faudra connaître les labels écologiques, et ils sont nombreux. Je vous propose un tableau récapitulatif à la fin de cet article.

Pour finir, je vous parlerai de la tendance slow cosmétique. Pas la peine de multiplier les références, les marques et les produits. Tout est question de dosage, y compris dans vos armoires à pharmacie. Tout peut tenir dans une main : un savon, une hydratation, un dentifrice. Pour les adeptes du DIY (faites-le vous-même), votre réfrigérateur, votre garde-manger peuvent vous fournir tout ce dont vous avez besoin pour prendre soin de vous sans vous ruiner le porte-monnaie et la santé.

Et puis l’eau, autant la boire, vous vous hydraterez de l’intérieur et à moindre frais. Pour l’extérieur, des eaux florales peuvent suffire. La peau a ses propres mécanismes (fabrication de sébum, cicatrisation…) qu’il ne faut pas contrarier en décapant ou en y apposant des huiles ou des crèmes au quotidien. Vous pouvez vite passer d’un plaisir à une contrainte. Respirez et laissez votre corps respirer.

C’est à vous de voir ce qui vous convient. Prenez soin de vous !

Écolabel européen Valorise la non-toxicité du produit pour l’environnement. Pas d’exigence quant à la nature ou à l’origine des ingrédients utilisés, hormis le caractère sensibilisant des parfums.
Écocert cosmétique bio et écocert cosmétique éco : organisme de certification indépendantBio : au moins 95 % de végétaux dont au moins 10 % de bio.
Éco : au moins 50 % de végétaux dont au moins 5 % de bio.
Cosmebio cosmétique bio et cosmébio cosmétique éco : association de professionnelsBio : au moins 95 % de végétaux dont au moins 10% de bio.
Éco : au moins 50 % de végétaux dont au moins 5 % de bio.
Même remarque que pour Écocert.
Recours aux OMG prohibé, ainsi que tout ingrédient issu de la pétrochimie.
BDIH : le Bundesverband der Industrie und Handelsunternehmen est l’association fédérale des entreprises allemandes pour les médicaments, les produits diététiques, les compléments alimentaires et les soins corporels. Le contrôle est effectué par un organisme indépendant : l’International Organic and Natural Cosmetics Corporation (IONC).Une dose variable de bio inscrite sur l’emballage.
Si pas mentionné, 95 % des végétaux sont d’origine biodégradable.
Aucune pétrochimie.
50 % maxi de produits estérifiés ou de matières premières hydrogénées.Une liste positive de 690 ingrédients sur plus de 20 000 répertoriés considérés comme non problématiques.
Soil Association Organic (SAO) et Soil Association (SAA) : labels britanniques très exigeants, qui indiquent le mode de production respectueux de l’environnement, avec des contrôles fait par un organisme accrédité par le gouvernement britannique.SAO : au moins 95 % de végétaux issus de l’agriculture bio.
SAA : ingrédients naturelles pas forcément bios.
Ni engrais artificiels, ni pesticides chimiques, ni organismes génétiquement modifiés, ni nanotechnologies.
Aucun paraben, produit pétrochimique, parfum de synthèse ou huiles hydrogénées.Peu de références disponibles en France, dommage !
Nature et Progrès : fédération d’agriculteurs et de consommateurs œuvrant pour la promotion de l’agriculture bio depuis 1964.

Les contrôles sont faits par l’organisme et des indépendants.

Ingrédients végétaux bios.
Interdiction de l’huile de palme et de ses dérivés, sauf rares exceptions. Nanoparticules de dioxyde de titane et d’oxyde de zinc prohibées.Une gamme non bio mais avec un cahier des charges exigeant.
Natrue : ONG européenne engagée dans la promotion des cosmétiques naturels et bios.

Certificateurs indépendants.

Bio : au moins 95 % d’ingrédients naturels issus du bio.
En partie bio : au moins 70 %.
Naturel : avec des seuils minimaux d’ingrédients naturels ou maximaux d’ingrédients transformés d’origine naturelle.Une identification claire de la proportion des végétaux bios et une grande exigence en matière de produits non transformés.

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Meriem Saïdi

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