Bons plans

Les clés de l’autonomie alimentaire

autonomie alimentaire
Ecrit par Meriem Saïdi

Arrêtez de payer tout trop cher. Je vous ai parlé de l’autosuffisance énergétique, de l’autonomie en eau… Je vais aborder aujourd’hui la question de l’autonomie alimentaire.

Je choisis délibérément d’évoquer une situation rurale, car il est vrai que l’autosuffisance en milieu urbain, bien qu’envisageable dans une certaine mesure, reste très utopique.

Où en sommes-nous ?

  • Augmentation du prix des denrées alimentaires en raison de la spéculation des marchés financiers sur les prix et les stocks disponibles.
  • Privatisation des terre arables de pays pauvres par des multinationales qui d’un côté les empêchent de pratiquer une agriculture vivrière et de l’autre côté contraignent les consommateurs des pays industrialisés à acheter des produits sans cesse plus chers et moins qualitatifs.
  • Aléas météorologiques (comme la sécheresse) qui réduisent significativement les quantités produites de céréales alors que la consommation augmente.

Pas folichon tout ça… Parler, informer c’est bien, même très bien. Agir, c’est encore mieux.

Il faut alors tenir compte de quelques éléments importants : l’accès à l’eau, le type d’habitat, la qualité des terres, le bois, la prairie. Prendre en compte ce type d’éléments permet de se situer sur l’échelle de l’autarcie et de savoir quelles sont les concessions que vous avez envie de faire ou qu’il est nécessaire de faire si vous voulez tendre vers l’autosuffisance.

Sans eau, pas de vie. Notre système est fragile, car dépendant de la production électrique (pompes à tous les niveaux), elle-même dépendante du pétrole et/ou de l’uranium. L’idéal est la source, qui ne tarit pas. Ensuite, vient la nappe du sous-sol dans laquelle on peut puiser au moyen d’un puits ou d’une pompe, mais ces deux moyens demandent déjà de la technique et du matériel. La nappe peut être située à des profondeurs très diverses : elle peut affleurer la surface tout comme elle peut vous obliger à creuser profond… sans compter la pollution. Si vous pensez que les énergies non renouvelables se tariront un jour, il est prudent de ne pas être dépendant des pompes électriques pour l’approvisionnement en eau potable. Vous pouvez comme j’en parlais précédemment exploiter l’eau de pluie, d’où la nécessité de bien choisir sa région d’installation. Vous pouvez aussi aménager un bassin.

Un habitat isolé ou suffisamment espacé permet en principe de ne pas avoir de problèmes de voisinage. Le trajet pour aller cultiver, rentrer les récoltes ou chercher du bois, sera également plus court si les terrains sont attenants à votre habitation.
Il faut penser à disposer d’un minimum de dépendances : stockages et rangements au sec, possiblement hors gel et à l’abri des rongeurs pour les stocks alimentaires et le matériel. En cas de nécessité, elles sont cependant assez simples à construire.Vous pouvez bâtir pour trois fois rien une petite habitation dans un premier temps avec des matériaux locaux (terre, paille…). Vous pouvez végétaliser votre toit. Les possibilités sont nombreuses.

Les terres. Il vaut mieux qu’elles soient fertiles et arables, pas trop inclinées. Il faudra vous demander si cette terre a été exploitée auparavant, traitée, usée ou pas par les intrants chimiques. Il existe cependant un certain nombre de techniques pour améliorer un terrain qui en aurait besoin (compost, bâche au lieu du labour…). Là aussi, la présence de l’eau (source, ruisseau, rivière) peut être très utile pour cultiver (irriguer ou arroser). En règle générale, il vaut mieux avoir plus de terrain que pas assez, quitte à laisser la nature reprendre ses droits sur une partie non exploitée.

Le bois est important et surtout nécessaire au quotidien pour le feu. Selon votre système de chauffage, vous aurez besoin de bois tout au long de l’année.

La prairie. Pensez cueillette de plantes sauvages, les « mauvaises herbes » pas si mauvaises que ça. Vous pourrez « favoriser » certaines plantes sauvages. La plupart sont comestibles. Pensez aussi aux fleurs qui se mangent.

Vous commencerez par le verger : planter des arbres, greffer, bouturer… Multipliez les espèces et plantez serré.

Vous continuerez avec le potager. Une bonne planification du potager doit inclure :

  • la sélection des variétés à cultiver ;
  • les quantités de plants requis selon les besoins familiaux et votre disponibilité pour les travaux d’entretien ;
  • la rotation des cultures ;
  • le compagnonnage, ou culture associée, technique de botanique qui consiste au sein d’un même espace des plantes compagnes l’une de l’autre, pour qu’elles profitent mutuellement de certaines propriétés bénéfiques (fertilisation, protection contre les parasites…) ;
  • les exigences des légumes ;
  • l’emplacement de la production de semis à l’intérieur ;
  • l’emplacement du potager à l’extérieur.

Vous ferez des essais, des expériences. Il y aura des ratés, des réussites. Vous apprendrez à observer la biodiversité. Vous ne devez pas être dogmatique : essayez ! Et persévérez ! Recommencez jusqu’à ce que vous y parveniez.

Il vous faudra déterminer la superficie de potager dont vous avez besoin : de 100 à 500 m² pour une famille de 4 personnes, selon les produits cultivés.

Pour trouver l’emplacement idéal où placer votre potager, bien qu’il n’y ait pas de règles fixes, prenez en considération les critères suivants :

  • 6 heures ou plus d’ensoleillement ;
  • la protection contre les vents dominants qui sont froids et asséchants ;
  • l’accès pratique à un boyau d’arrosage, de préférence là où le sol est riche, fertile et bien drainé.

Je vous suggère de consulter ce site qui compare les fournisseurs de graines sur Internet, très intéressant pour commencer.

Après le verger et le potager, pourquoi ne pas élever de petits animaux tels que des poules, des lapins, des canards, des oies, des chèvres, des moutons ou même une vache ? Il faut bien voir qu’il faudra prévoir des espaces pour ces animaux et de quoi les nourrir. Et il faut bien choisir les races. C’est une solution à bien étudier avant de devoir aller acheter de la nourriture toute prête ce qui vous rend dépendant d’un approvisionnement parfois coûteux (foin, paille, grain, vétérinaire).

Vous pourrez vous tourner vers des abris à insectes ou des ruches pour le miel. Les insectes pollinisent les fleurs, recyclent, nettoient et sont utiles dans la chaîne alimentaire. Inutile de dépenser des mille et des cents dans des abris proposés hors de prix en magasin. Avec des matériaux de récupération, vous pouvez vous lancer et créer votre propre abri. Pour cela, rien de bien compliqué, équipez-vous d’éléments comme :

  • des vieilles buches ;
  • une perceuse ;
  • des mèches de diamètres différents pour y perforer de nombreux refuges ;
  • des brindilles creuses ;
  • de la paille ;
  • des cônes de sapin ;
  • des vieux pots de terre cuite ;
  • des tiges de bambous ;
  • des briques ;
  • de la terre ;
  • des fagots de branches pour les animaux rampants (à déposer au pied de l’abri).

Laissez libre cours à votre imagination, puis veillez à placer cette chambre d’hôtes à l’abri des grosses intempéries, plutôt côté sud.

Certains l’enveloppent d’un grillage afin d’éviter que des rongeurs mal intentionnés viennent perturber la quiétude de ce 5 étoiles !

C’est une activité toute trouvée à faire avec les enfants pour les sensibiliser aux petites bêtes qu’ils auraient tendance à malmener ou à voir malmener, ignorant trop souvent leur intervention vitale dans notre environnement.

Il faudra apprendre à gérer les récoltes et à les stocker. Faire des confitures, des bocaux de légumes pour l’hiver, des terrines, du pain, des yaourts, du fromage…

C’est une activité à plein temps que de rechercher l’autonomie alimentaire ! Oui, mais il faut bien comprendre que c’est une activité intense à certains moments de l’année qui vous permet de vous libérer du temps à d’autres périodes.
 
Un dernier point essentiel : n’essayez pas de tout faire, vous risqueriez de vous décourager très vite. Ne le faites pas seul, c’est un projet qu’il faut mener à plusieurs. C’est un projet de longue haleine, ce n’est pas du jour au lendemain que l’on devient autosuffisant si tant est que l’autonomie complète existe.

C’est aussi l’opportunité de ne plus dépendre d’un système qui, au vu des crises économiques, est plus fragile qu’on ne le pense.

Alors, n’attendez plus, lancez-vous !

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Meriem Saïdi

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