Entreprendre

Comment le mammouth écrase les entrepreneurs en herbe

Ecrit par Simone Wapler

Comment le mammouth écrase les entrepreneurs en herbe

Simone Wapler, rédactrice de La Stratégie de Simone Wapler

Selon une récente étude[1], 77% des Français pensent que l’esprit d’entreprise s’apprend. Cependant les mêmes Français estiment ne pas avoir la formation et l’apprentissage nécessaires pour entreprendre, ce qui constitue, pour 41% d’entre eux, un obstacle majeur à leur projet de création d’entreprise.

C’est une évidence, l’Éducation Nationale ne fonctionne plus, le mammouth a coincé l’ascenseur social. La plupart des lycées et même des universités fabriquent des chômeurs.

« Le lavage de cerveau commence aujourd’hui à l’école (et demain bien davantage). Dans le vide intersidéral que produit la néo-pédagogie à la mode, on insérera plus facilement de la réclame ».

Jean-Paul Brighelli, La Fabrique du Crétin.

Le livre de Jean-Paul Brighelli dresse un état des lieux remarquable, pétillant d’intelligence et d’humour. Selon l’auteur, l’échec de l’école est organisé par des soixante-huitards libertaires, chantres de la « nouvelle pédagogie », avec la bénédiction de vilains capitalistes qui auront ainsi de la main d’œuvre à bon marché qu’ils pourront exploiter à bon compte avec quelques CDD entrecoupés de passage à Pôle-Emploi. Autre avantage, les vilains capitalistes pourront vendre très cher de la formation tout au long de la sombre vie d’exploité de « l’apprenant » vomi par le mammouth. Car en « nouvelle pédagogie », sachez qu’il n’y a plus d’élèves mais des apprenants…

J’ai feuilleté récemment un manuel de sciences économiques et sociales de terminale ES, considéré comme la référence[2].

Sur quinze chapitres, aucun n’est consacré à l’entreprise, aucun.

Le premier chapitre s’ouvre sur « quelles sont les sources possibles de la croissance économique ? Si les facteurs de production, travail et capital, apportent une contribution non négligeable à la croissance, la productivité globale de ces facteurs, le progrès technique ou encore les institutions jouent un rôle important. La croissance est donc un phénomène complexe qui est loin d’être harmonieux et continu».

La croissance économique ne serait donc pas le fruit de l’organisation optimale de l’ensemble d’activités humaines. C’est une chose compliquée et inhumaine. Tellement compliquée qu’il va falloir que l’État s’en occupe beaucoup !

Dans une première synthèse, notre « apprenant en phase terminale » apprendra que la croissance par habitant a décollé à partir de la deuxième moitié du XVIIIème siècle alors qu’auparavant elle était difficilement mesurable. Aucune explication ne lui est proposée quant à cette rupture. On ne pourrait lui reprocher d’en conclure que depuis l’Antiquité jusqu’au XVIIIème siècle, la Terre ne fut peuplée que de crétins besogneux, inorganisés et incapables de progrès techniques. À moins que ce ne soit la Révolution ou l’État stratège…

Par la suite, les sujets sont « macroéconomiques », c’est à dire portent sur les grandes statistiques officielles nationales et mondiales d’activité et de commerce : PIB, croissance, les balances commerciales et parités monétaires. L’économie administrée et dirigiste est présentée comme une évidence, aucune alternative n’est proposée. La partie sociale, traitée en huit chapitres, s’ouvre sur la lutte des classes avec des textes de Marx, Weber et Bourdieu. D’une façon générale, les sources font la part belle à Alternatives économiques. La présentation est éclatée, morcelée sans aucun fil conducteur apparent. La synthèse qui clôt chaque chapitre ne suffit pas à rassembler le puzzle des pages précédentes.

[1] L’institut allemand d’études de marché GfK

[2] Nathan, Collection C.-D. Échaudemaison

Que retiendra notre « apprenant en phase terminale » après avoir ingurgité ce contenu indigeste ?

Que l’économie est quelque chose d’abstrait, qu’elle doit être impérativement régulée par l’État stratège, employeur en dernier ressort, consommateur en dernier ressort, tout ceci pour lisser des cycles car la croissance est instable, source d’inégalité et de conflits sociaux. De quoi faire naître une vocation de fonctionnaire, doux régulateur (avec l’argent des autres !) des dysfonctionnements de cette machine économique à fabriquer des inégalités.

Pas de quoi faire naître une vocation d’entrepreneur en revanche …

Je vous ai parlé de la Terminale, encore faut-il que vos enfants ou petits-enfants arrivent jusque-là car l’entreprise de démolition commence dès le primaire que beaucoup d’enfants quittent ânonnant au lieu de lire, sans rudiment d’orthographe et « illettrés mathématiques »[3].

Il va donc falloir que vous luttiez à votre niveau contre le mammouth

Rabâcher avec les petits (puisque le « par cœur », jugé coercitif, est prohibé par la nouvelle pédagogie), apprendre à lire à l’ancienne puisque la méthode globale de lecture est toujours en vigueur alors qu’il est prouvé qu’elle est une des causes de la baisse du niveau et à l’origine de grandes difficultés.

Enseignez aux plus grands que la vérité n’est pas que dans les statistiques officielles, que la planification centrale conduit à l’échec et enfin que, dans la vraie vie, le savoir doit se combiner à la connaissance, comme le disait l’économiste Hayek. Le savoir est le bagage théorique, la connaissance est l’information acquise sur le terrain qui se cumule pour forger l’expérience de chacun.

L’entrepreneur capable d’allier savoir et connaissance est le mieux armé pour déceler les opportunités et en profiter.

[3]18% des enfants entrant en sixième sont illettrés mathématiques selon Pierre Tapie, Président de la conférence des grandes écoles, 21 juin 2011

 

 

A propos de l'auteur

Simone Wapler

Rédactrice en Chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler
Ingénieur de formation, Simone Wapler a quitté depuis plus de 13 ans le secteur de l'ingénierie aéronautique pour se concentrer sur les marchés boursiers. En 2001, elle entre aux Publications Agora -- groupe de presse et d'édition spécialisé dans la recherche et les conseils financiers – dont elle prend la direction éditoriale en 2011. Son expertise sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.
La force de Simone Wapler, c'est son indépendance. Attention, elle n'est pas pour autant isolée, elle reste connectée en permanence à un réseau de spécialistes iconoclastes unique au monde : Agora Inc. Mais Simone ne se contente pas comme beaucoup de collecter les informations officielles et de les relayer... Non, elle va au charbon -- et utilise sa puissance d'analyse pour décrypter elle-même l'actualité, chiffres à l'appui, afin d'apporter une véritable plus-value d'information à ses lecteurs, sous une forme simple et sans jargon.
C'est simple, elle a été parmi les premiers à s'intéresser à l'or et à prédire sa hausse continue. Elle a mis en garde le grand public -- bien avant la presse généraliste -- de l'explosion de la bulle internet en 2000... des dérèglements financiers mondiaux de l'après 11 septembre 2001... de la bulle des junk bonds de 2001... de la bulle immobilière américaine en 2007... de la crise des dettes souveraines dès fin 2009...
Plus récemment encore, elle a averti ses lecteurs du risque pesant sur les obligations grecques, espagnoles ou portugaises – ou sur de nombreux placements autrefois sûrs, et désormais à fuir. Elle n'a pas attendu pour cela la dégradation des notes souveraines de ces Etats ou encore celle, en juin 2012, de grandes banques comme la Société Générale ou BNP Paribas.
Simone Wapler travaille tous les jours pour vous permettre d'avoir un temps d'avance sur les autres et vous aider à protéger votre capital contre les dangers qui le menacent.
Elle est également rédactrice en chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

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