Bien-être

En 2017, je déconnecte !

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Ecrit par Meriem Saïdi

Depuis le 1er janvier 2017, les entreprises françaises de plus de 50 salariés doivent garantir un droit à la déconnexion de leurs salariés (article 55 de la loi Travail). Une première mondiale. Tous les salariés bénéficiant d’un forfait jour sont concernés.

La loi Travail oblige à ouvrir des négociations sur le droit à la déconnexion ou le droit de ne pas répondre à ses courriels ou messages professionnels hors du temps de travail. Il n’y a cependant aucune obligation d’accord, ni aucun délai pour négocier.

En pratique, l’employeur doit élaborer une charte définissant les modalités de ce droit à la déconnexion et sensibiliser ses employés » à un usage raisonnable des outils numériques ». La réponse aux emails ou aux appels en dehors du temps de travail ne peut par exemple être imposée. Si les contours de cette nouvelle loi sont encore flous, ils ont le mérite d’engager une réflexion utile.

Les entreprises peuvent se contenter d’une charte, rédigée unilatéralement par l’employeur. Le salarié s’estimant lésé pourra s’appuyer sur ces textes, accord ou charte, pour réclamer le droit à la déconnexion. Tous les salariés pourront-ils faire valoir ce droit ? En théorie oui. Difficile cependant pour ceux qui travaillent à l’international et selon des fuseaux horaires très différents.

Aucune sanction expresse n’est prévue en l’absence d’accord ou de charte. Attention toutefois : l’absence de modalités peut invalider le forfait jours et donner lieu à des demandes d’heures supplémentaires par les salariés. L’employeur pourrait être déclaré responsable en cas de burnout.

La question sous-jacente de la disponibilité permanente

La question est celle de la charge réelle de travail. Avec les outils numériques, il devient possible de travailler de n’importe où et à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, il est donc difficile de comptabiliser les heures de travail effectuées.

D’ailleurs, bien avant la loi, de grandes entreprises avaient déjà instauré des coupures de leur serveur de courriels sur certaines plages horaires.

Aux États-Unis, l’entreprise Intel a expérimenté des « journées sans emails » ou des « matinées silencieuses » sans courriels, ni téléphone, ni réunions. L’objectif ? Limiter les sursollicitations et améliorer la productivité des employés.

En Allemagne, la firme automobile Daimler a mis au point un ingénieux système, « mail on holiday« , qui permet aux employés d’activer une fonctionnalité effaçant tous les courriers électroniques reçus durant les vacances, tout en avertissant les expéditeurs.

Et en France ? Ces entreprises sont très minoritaires, comme le groupe d’assurance Axa qui dès 2012 a mis en place une charte incitant ses cadres à des horaires de travail « raisonnables » et à « ne pas céder au tout urgent », sans l’accompagner toutefois de mesures contraignantes.

Des chartes de bonnes pratiques ont été rédigées par des entreprises telles que Bouygues Télécom, BNP Paribas ou encore Assystem dans lesquelles on retrouve des thèmes comme la prévention sur l’usage des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) ou la conciliation de la vie professionnelle et privée.

En 2010, France Télécom a signé un accord interne à l’entreprise pour rappeler les règles d’utilisation de ces NTIC et la non-obligation de leur utilisation professionnelle le soir, le week-end et pendant les congés.

En 2015, La Poste s’est également dotée d’un accord prévoyant un « droit à la déconnexion, en dehors de son temps de travail » et stipulant que seules « la gravité, l’urgence ou l’importance exceptionnelle peuvent justifier l’usage de la messagerie professionnelle en soirée ou en dehors des jours travaillés ».

Fin 2016, le groupe Michelin a également intégré ce droit dans un accord prévoyant l’émission d’une alerte au-delà de cinq connexions à distance.

Vous vivez dans un monde dit « connecté », où tout va de plus en plus vite, qui pousse à devoir, mais aussi à vouloir, travailler pour « rester dans la course » et cela même en dehors des heures de travail.Les frontières entre vie professionnelle et privée s’estompent. L’apparition de cette nouvelle forme de travail, le blurring, entraîne un nouveau rapport des salariés avec leur travail et leur employeur : la notion de temps de travail devient floue, la délocalisation des activités et le travail à distance abolissent le concept de présentéisme.

Et vous, êtes-vous accro ?

Pas facile de mettre tous vos appareils en veille surtout quand ils participent aussi de vos loisirs. On ne parle pas d’addiction au sens médical strict, mais il s’agit bien d’une addiction comportementale. Contrainte du travail et/ou désir de meubler votre temps libre ou de vous distraire, tout est bon pour que vous ne vous déconnectiez jamais.

Jusqu’à 3 heures par jour, c’est « raisonnable », plus et au-delà de 5 heures, soit 35 heures par semaine, c’est trop. Après, tout dépend ce que vous faites comme activité et comment vous vivez cette « invasion » de la connexion dans votre quotidien.

Avez-vous l’impression de ne plus rien maîtriser ? Et votre entourage ? Vos collaborateurs ? Vous êtes-vous demandé ce qu’ils ressentaient à vous voir le nez toujours collé à votre smartphone ?

Psychiquement, vous pourriez ressentir de la culpabilité à y rester trop longtemps ou, tout au contraire, un sentiment de vide quand les écrans sont coupés, un mal-être. A trop vouloir en faire, vous pourriez devenir irascible, avoir des troubles de l’humeur, être anxieux tout particulièrement si un tiers vient interrompre votre sacro-sainte « connexion ».

Physiquement, vous vous tenez mal. Le dos, le cou, les épaules, les coudes, les poignets, tout est endolori… Vous sautez des repas, vous grignotez, vous mangez trop ou pas assez… vous veillez, vous avez du mal à vous endormir, vous dormez mal…

Socialement parlant, ce n’est pas top non plus. Il est indéniable que le mésusage de la connexion vous isole : vous avez l’impression d’être connecté avec la terre entière, avoir des amis sur Facebook et des « likes » en veux-tu en voilà… certes, mais votre voisin de palier ignore qui vous êtes et vous avez n’avez pas acheté de cadeau pour l’anniversaire de votre petit dernier…

Vous n’en n’êtes pas là mais…pas loin. Il est temps de passer à l’action !

Accro aux écrans, la pause s’impose !

Pour commencer, vous allez arrêter de culpabiliser pour les uns et vous mettre à la place de celui qui vous voit et vous côtoie pour les autres.

  • Physiquement

La sécrétion de mélatonine est perturbée par la lumière bleue des leds des écrans. Elle présente un risque pour la rétine et favorise la DMLA précoce. De deux choses l’une, soit vous limitez drastiquement votre exposition aux multiples écrans qui vous entourent (une moyenne de 2 h par jour tout appareil confondu) soit vous adoptez un filtre adéquat, ce qui ne signifie pas que vous allez pouvoir y rester des heures pour autant ! Vous coupez tout une heure avant de vous coucher. Vous évitez au maximum le « multitâches », et vous faites une pause toutes les deux heures.

Des lunettes sont disponibles sans correction, pour les personnes qui n’ont pas de problèmes de vue ou qui portent des lentilles de contact. Comptez alors entre 30 et 50 euros selon les modèles (Blueberry, Edie & Watson, Krys, Varionet…). Pour les porteurs de lunettes, au même titre que les filtres anti-UV ou anti-reflets, l’opticien peut apposer un filtre anti-lumière bleue sur le verre correcteur, pour un coût supplémentaire variable mais qui reste assez faible, entre 10 et 20 euros selon le type de correction initiale.

  • Psychologiquement

Pas la peine d’attendre qu’on décide pour vous ! Pas la peine d’aller vers des solutions excessives comme bloquer les serveurs le soir et le weekend. Il est possible d’utiliser des fonctions d’envoi différé ou de préciser dans le pavé de signature que les messages envoyés en dehors des heures de travail ne requièrent pas de réponse immédiate. Il s’agit bien de s’auto-discipliner.

Si vous ne parvenez pas à « décrocher », faites-vous aider. Parlez-en à votre médecin traitant, à la médecine du travail. Tous deux pourront vous orienter vers des thérapies comportementales dédiées à cette hyperconnectivité.

  • Socialement

Les écrans ne sont pas dangereux en tant que tels. C’est l’usage que vous en faites qui change la donne. Alors, DÉBRANCHEZ… enfin, pas tout de suite !

Et pour tous ceux pour qui la connexion ne pose pas de problème, pensez aux autres et adoptez des règles de bonne conduite :

    • ne sollicitez pas vos interlocuteurs à des heures tardives ;
    • rédigez des mails courts et précis ;
    • utilisez le langage verbal, le contact direct ;
    • ne répondez pas tout de suite à vos mails surtout si vous êtes en congé !
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Meriem Saïdi

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