Entreprendre

Et si je m’auto-éditais ?

L’émergence de plateformes d’édition électroniques ou mobiles sortent de l’anonymat des apprentis-écrivains restés trop longtemps sous la coupe de maisons d’édition qui, dorénavant, repèrent et accompagnent les talents, une fois l’audience avérée.

Qui n’a jamais rêvé d’être l’Alexandre Dumas de notre temps ?

Qui n’a jamais rêvé de voir son talent reconnu en voyant ses ouvrages plébiscités à chaque nouvelle publication ?

Peut-être vous est-il arrivé,  à vos heures perdues, de penser que le manuscrit qui traine dans votre tiroir que vous avez écrit il y a quinze ans, ou l’histoire romanesque que vous stockez dans un coin de votre tête,  mérite d’être connu du public.

Si vous avez un minimum de talent rédactionnel et que vous savez interagir avec vos semblables, peut-être est-il temps d’y penser sérieusement. Notre époque à cela d’extraordinaire qu’elle nous permet d’accéder à des moyens d’interaction qui nous étaient jadis interdits ou difficiles d’accès.

Laissez-moi vous raconter une belle histoire. Une histoire de succès entrepreneurial. Pas de ces histoires de « startupers » (certes très louables) qui ont réussi en levant du capital. Non, l’histoire que je vais vous narrer aujourd’hui parle d’anonymes qui, doté de quelque notions concernant les nouveaux outils de communication, ont su fédérer autour d’eux leur propre communauté de lecteurs, et ont ainsi pu devenir les acteurs de leur propre histoire.

Pour peu qu’on s’en donne les moyens, ces expériences – réelles – sont tout à fait répliquables.

A 25 ans, cette demoiselle voit son ouvrage téléchargé plus d’un milliard de fois et reçoit un chèque à « six chiffres »…

C’est peut-être le succès d’édition de ce début d’année 2015…

Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler du dernier roman de Michel Houellebecq (i.e. « Soumission »)…

Non, le phénomène de cette rentrée s’appelle « After »… un pavé de 600 pages qui va effectivement trôner en bonne place sur les étagères de nos librairies ce vendredi (9 janvier 2015). Et ce n’est certainement pas un serial-writer qui est à l’origine de ce futur raz-de-marée.

Non, à dire vrai… Pour un premier essai, c’est un coup de génie.

Car «  After » est le tout premier opus d’une toute jeune débutante de 25 ans, texane de son état,  à qui l’on a proposé un très gros chèque pour qu’elle accepte de le publier en version papier.

Comme toutes les belles réussites ayant trait, ces dernières années à l’édition, c’est sur Internet qu’Anna Todd s’est fait connaître.

Mariée très tôt à un militaire, elle végète entre plusieurs boulots et s’ennuie ferme. Ses temps libres, elle les passe sur Internet à suivre les aventures d’un de ses groupes de musique préférés, le boys band One Direction.

Sur le site de partage de photos Instagram, Anna se repait des fan fictions dévolues à son groupe préféré [à chaque photo postée est associée une légende d’où découle un texte faisant office de chapitre (l’agglomération de ces chapitres formant une fan fiction)]. Plus tard, la communauté des contributeurs basculant sur une autre plateforme, Wattpad (pour lire, poster et commenter gratuitement des textes), Anna suit le mouvement. A ce stade, elle ne se comporte qu’en consommatrice, se contentant de lire. Mais vite lassée d’attendre de nouveaux épisodes de ses histoires préférées, elle prend les devants et décide d’écrire elle-même quelque chose et de le mettre en ligne. C’est là que l’aventure commence réellement.

Son personnage principal s’inspire donc des One Direction et ce sera Harry Stiles, le beau gosse brun du groupe, version punk, avec des tatouages et des piercings. Elle écrit son histoire sur son smartphone au gré de son inspiration. Peu importe les fautes de frappe, de toute façon elle ne pense pas à le publier. Mais très vite, elle se prend au jeu. Le besoin de création la transcende – elle y consacre huit heures par jour: cinq heures d’écriture et trois heures à interagir sur Wattpad, Twitter et Instagram.

Wattpad est un outil d’interaction entre auteur et lecteurs, tout au long du processus d’écriture

La plateforme Wattpad, entièrement gratuite, réunit plus de 2 millions d’auteurs, qui produisent 100 000 textes par jour pour 20 millions de lecteurs dans le monde. Une fois inscrit, vous recevez des chapitres postés par des auteurs dans les domaines que vous avez choisis (Romance, Thriller, etc…) que vous pouvez commenter, le plus souvent via le smartphone. C’est un outil totalement interactif car les auteurs prennent en compte les avis  et commentaires des lecteurs. Parmi eux, certains accrochent à l’histoire et deviennent partie prenante. Anna Todd a travaillé avec plusieurs d’entre eux, modifiant au fur et à mesure le scénario pour arriver à une histoire qui passionne le plus grand nombre.

La clé du succès ?

  • Poster son histoire par épisodes,
  • prendre en compte les commentaires de ses fans (suiveurs-commentateurs),
  • être régulier dans le rythme de publication des épisodes pour instaurer un rendez-vous récurrent,
  • fractionner les contenus des épisodes en quotité de 2000 mots, soit 10 minutes de lecture,
  • gérer l’intrigue et le suspense.

Au bout d’environ huit mois, elle est contactée par des agents attirés par son succès et c’est la maison d’édition américaine Simon & Schuster qui en obtient les droits contre une somme confidentielle dont on sait seulement qu’elle est « à six chiffres ». En France, c’est la maison d’édition Hugo et Cie qui s’occupe de publier « After ». Le film sera également produit au cinéma, les droits ayant été rachetés.

L’exemple d’Anna Todd n’est pas révélateur d’un besoin irrépressible de se faire publier. Il démontre plutôt que la sincérité mélangée au talent peut fédérer une réelle communauté captive et fidèle. Et cette audience est immanquablement monétisable.

Amazon et sa plateforme Kindle vous aide à trouver votre public

Parmi les auteurs à succès qui ont délibérément fait le choix de l’auto-édition, figure E.L. James avec Cinquante nuances de Grey qui a publié son livre sur son propre site Internet avant de le placer sur un site indépendant  pour enfin rentrer dans l’écurie d’une maison d’édition classique, une fois le succès enclenché.

Mais c’est véritablement Amazon via Kindle, sa plateforme de livres numériques, qui peut multiplier vos chances d’acquérir une audience. Pour preuve en France Agnès Martin-Lugand, qui a choisi l’auto-édition via le programme proposé par Amazon pour  « Les gens heureux lisent et boivent du café » (8500 exemplaires vendus en moins de trois mois) qui lui a ensuite permis de se faire repérer par la maison d’édition Michel Lafon. A ce jour, le livre s’est vendu à quelque 100.000 exemplaires et traduit dans 20 pays.

De même, Aurélie Valognes, totalement inconnue du grand public, vend plus d’ebooks sur Amazon que Valérie Trierweiler ou Patrick Modiano. Sur Kindle, « Mémé dans les orties », son premier roman, figure dans les dix ouvrages les mieux vendus en France, loin devant les livres d’auteurs pourtant bien plus connus qu’elle.

C’est d’abord la rapidité du processus d’autoédition qui la séduite. La perspective d’attendre six mois avant d’attendre une réponse (probablement négative) des maisons d’éditions traditionnelles ne l’enchantait guère. Elle se tourne alors vers la plateforme Kindle d’Amazon.

Le processus de mise en ligne est très rapide, et la jeune femme fait tout elle-même, du design de la couverture (un fond vichy rouge pour bien se « démarquer sur la page blanche »), au choix du prix. Après moult recherches, elle part sur un tarif de 2,99 € par livre, comprenant que c’est le prix le plus bas proposé par Amazon pour pouvoir, en tant qu’auteur, toucher 70% des revenus des ventes.

70% de commission sur un prix de 2,99€, ça fait un bénéfice de 2,09€ par livre à comparer au taux de 8% qu’accordent les maisons d’édition sur un prix il est vrai supérieur, mais forcément inférieur à 26€… pour autant qu’il soit vendu !

Et c’est là que s’exprime toute la valeur ajoutée du système d’Amazon : sa force de frappe réside dans le recueil d’informations auprès de 200 millions de clients. Le moindre achat laisse une trace numérique qu’Amazon exploite pour nourrir son système de recommandations. Les clients qui ont acheté cet article ont acheté celui-là. C’est un algorithme puissant qui fournit ces conseils au lecteur. Les ouvrages auto-publiés sont mis en avant de la même façon. En transformant les données des internautes en profil de clients, Amazon peut prévoir plus finement le comportement des acheteurs et augmenter son taux de transformation.

Aurélie Valognes reconnaît tout de même que le processus de vente est lent au début. Puis au fur et à mesure des premières ventes, le bouche à oreille fait son œuvre et la phase de recommandations amène chaque jour son lot de curieux. Et au bout de trois semaines, ça s’emballe. Elle entre, en août dernier, dans le top 100 des eBooks. Mi-octobre elle en avait vendu 8500. Pas mal pour un premier roman, sachant qu’un premier roman imprimé se vend en moyenne entre 500 et 800€ !

Rapide calcul : 8 500 x 2,09 = 17 765€

Alors, à vos claviers ! La période n’a jamais été aussi propice au Dumas qui sommeille en chacun de nous ; et peut-être aurez-vous la chance d’être une future Anna Todd. Qui sait ?

Qui ne tente rien, n’a rien !

A propos de l'auteur

Thibaut Berberian

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