Economie

« La fourche du diable » – Simone Wapler

Grundlach
Ecrit par Simone Wapler

Jeffrey Gundlach, le roi de l’obligataire, 116 Mds$ sous gestion, s’est livré lors d’un entretien à l’occasion du Vanity Fair’s Establishment Summit (*).

Dans la première moitié de cet entretien, vous y apprenez que Gundlach apprécie Mondrian et Escher et « ces gens qui vont nulle part ».

Mais hélas, il nous faut parler finances et marchés…

Maurits Escher - Montée et Descente

C’est l’objet de la seconde partie dans laquelle Gundlach se lâche.

« Je n’ai jamais vraiment aimé les obligations durant ces quatre dernières années, même si je les gère en portefeuille et que les institutions doivent en posséder pour diverses raisons »

Comme vous le savez, deux stars de la gestion obligataire, Mohammed El-Erian puis Bill Gross du fonds Pimco, ont démissionné en janvier et septembre 2014. Ces deux gérants estimaient que les politiques monétaires des banques centrales ne leur permettaient plus d’exercer leur métier correctement.

Depuis 2014, les taux n’ont fait que baisser, rendant le métier encore plus difficile pour les gérants « non-grévistes ». Le problème, insoluble, est le suivant : comment garantir aux gens qui vous confient de l’argent en vue de leur retraite un rendement convenable ?

Gundlach évoque les rendements obligataires et souligne l’absurdité dont nous avons déjà parlé : les junk bonds des entreprises européennes rapportent moins que les bons du Trésor à 10 ans.

« Le monde de l’investissement est plein de fausses idées, de figures impossibles, comme cette fourchette du Diable des années 1960. »

Talk Vanity Fair

Ces rendements constituent une figure impossible. Gundlach compare les principaux chiffres de l’économie allemande et de l’économie américaine : PIB, inflation… Ce résultat artificiel est simplement dû aux manipulations de Draghi.

« Une fois que M. Draghi aura réalisé que cela ne peut pas continuer, l’ordre du système financier s’en trouvera bousculé. »

2018 est l’année où les banques centrales devraient globalement réduire leurs bilans. La fourchette du diable apparaîtra alors pour ce qu’elle est : une illusion.

Les investisseurs doivent lâcher les obligations selon Gundlach, mais les actions américaines sont aussi très surévaluées même si 40% de leurs bénéfices sont faits à l’étranger. Elles représentent 50% de la capitalisation mondiale tandis que l’économie américaine ne représente que 23% de l’économie mondiale.

Pour Gundlach, les moins mauvaises directions pour les investisseurs sont les actions des marchés émergents et le grand choc financier est à cinq ou six ans devant nous.

« Les événements mettent tellement plus longtemps que ce qu’on pense à se dénouer. En matière d’investissement, celui qui a raison trop tôt a tort ».

Gundlach termine en citant Hemingway :

« Comment avez-vous fait faillite ?

De deux façons, d’abord progressivement puis subitement. »

Nous sommes encore dans le mode « progressivement ».

(*) Interview en anglais ici.

A propos de l'auteur

Simone Wapler

Rédactrice en Chef de L’Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler
Ingénieur de formation, Simone Wapler a quitté depuis plus de 13 ans le secteur de l’ingénierie aéronautique pour se concentrer sur les marchés boursiers. En 2001, elle entre aux Publications Agora — groupe de presse et d’édition spécialisé dans la recherche et les conseils financiers – dont elle prend la direction éditoriale en 2011. Son expertise sert aujourd’hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.
La force de Simone Wapler, c’est son indépendance. Attention, elle n’est pas pour autant isolée, elle reste connectée en permanence à un réseau de spécialistes iconoclastes unique au monde : Agora Inc. Mais Simone ne se contente pas comme beaucoup de collecter les informations officielles et de les relayer… Non, elle va au charbon — et utilise sa puissance d’analyse pour décrypter elle-même l’actualité, chiffres à l’appui, afin d’apporter une véritable plus-value d’information à ses lecteurs, sous une forme simple et sans jargon.
C’est simple, elle a été parmi les premiers à s’intéresser à l’or et à prédire sa hausse continue. Elle a mis en garde le grand public — bien avant la presse généraliste — de l’explosion de la bulle internet en 2000… des dérèglements financiers mondiaux de l’après 11 septembre 2001… de la bulle des junk bonds de 2001… de la bulle immobilière américaine en 2007… de la crise des dettes souveraines dès fin 2009…
Plus récemment encore, elle a averti ses lecteurs du risque pesant sur les obligations grecques, espagnoles ou portugaises – ou sur de nombreux placements autrefois sûrs, et désormais à fuir. Elle n’a pas attendu pour cela la dégradation des notes souveraines de ces Etats ou encore celle, en juin 2012, de grandes banques comme la Société Générale ou BNP Paribas.
Simone Wapler travaille tous les jours pour vous permettre d’avoir un temps d’avance sur les autres et vous aider à protéger votre capital contre les dangers qui le menacent.
Elle est également rédactrice en chef de L’Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

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