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passation de pouvoir
Ecrit par Yann Boutaric

Nous y voilà. Le dimanche 14 mai dernier, la traditionnelle passation de pouvoir a eu lieu entre le Président de la République sortant et son successeur, ouvrant par là même un nouveau chapitre de notre Histoire.

Quelques jours auparavant, le président Hollande avait prononcé son dernier discours en tant que chef d’Etat lors de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, qui a lieu tous les 10 mai depuis 2006.

Élu trois jours plus tôt, Emmanuel Macron était à ses côtés.

En observant les deux hommes réunis autour d’une cérémonie si emblématique, si parfaitement représentative des libertés individuelles les plus fondamentales que la célébration de l’abolition de l’esclavage, me revint en mémoire une scène du film Lincoln, de Steven Spielberg.

Alors que les débats font rage au Congrès américain entre ceux qui souhaitent adopter le XIIIe amendement – donc abolir l’esclavage – et les autres, George Yeaman prend la parole :

« Je veux dire que l’esclavage me dégoûte. Et, cependant, je vais m’opposer à cet amendement… Car nous devons nous demander ce qu’il va advenir de ces 4 millions d’esclaves qui, en un instant, vont devenir libres. »

L’un de ses opposants, George Julian, réplique alors :

« Eh bien, ils deviendront libres, George, voilà ce qu’il adviendra d’eux. »

Lors du vote, Yeaman décidera finalement de donner sa voix pour l’amendement.

Cette vision de la liberté – brute, absolue, qui s’affranchit de tout paternalisme –, le philosophe Ruwen Ogien l’appelle la liberté négative. Elle s’appuie sur le concept d’éthique minimale, qu’il a défendu toute sa vie, et qui repose sur la seule condition de ne pas nuire aux autres :

« Pour beaucoup, c’est un principe parmi d’autres ; pour moi, c’est le seul. Je le défends contre les maximalistes, qui ajoutent toujours de nouveaux critères jusqu’à enrégimenter toute notre existence. »

Ainsi, la liberté négative consiste simplement à ne jamais dépendre de la volonté d’autrui. Nos choix, nos actions, nos désirs ne devraient pas être empêchés par quelque forme de pression extérieure que ce soit, tant que les autres n’en pâtissent pas.

Elle se distingue fondamentalement de la liberté positive, qui inclue des règles morales et exige de se conformer à la norme sociale. Ces dernières définissent ce qui est bien pour nous sans tenir compte de notre opinion. Bien souvent, l’État joue ce rôle. Pourtant, c’est bien parce qu’il a ajouté instinctivement des critères à la liberté que Yeaman s’est au départ prononcé contre l’amendement.

Pour illustrer ce propos, les défenseurs de la liberté négative n’ont que faire que vous vous piquiez à l’héroïne ou non, tant que vous ne dérangez personne. Ne pas nuire aux autres laisse le droit de se nuire à soi-même.

J’ai pris volontairement un exemple très provocateur, mais Ruwen Ogien explique :

« L’État n’est pas là pour inculquer une vision du bien, mais pour faire coexister une pluralité de visions morales. »

Ces pensées qui nous donnent à réfléchir, le philosophe polonais nous les laisse en héritage. Il est mort le jeudi 4 mai dernier, des suites d’un cancer.

Au sein de J’Agis !, nous considérons que le mot liberté est trop souvent galvaudé, limité notamment par des mesures étatiques qui dénaturent son sens premier.

Alors qu’espérer de ce nouveau quinquennat ? Pas grand-chose – car nous sommes seuls à pouvoir agir pour nous-mêmes – si ce n’est que la liberté retrouve un peu de sa sève pour que nous ayons les moyens de nous élever encore plus haut.

[Ce texte est extrait du dernier numéro de J’agis ! N’attendez pas et demandez maintenant votre exemplaire…]

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Yann Boutaric

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