Economie

Le retour de l’inflation ?

Ecrit par Simone Wapler

Les auditeurs attentifs de la nouvelle pythie du XXIe siècle, Janet Yellen, présidente de la Fed, auront remarqué que le retour de l’inflation en tant que hausse des prix à la consommation a été évoqué lors du dernier comité monétaire. Cependant, la Fed a malgré tout décidé de ralentir son programme de hausse des taux directeurs.

Contrairement à ce que véhicule la bonne parole officielle, les Banques centrales n’oeuvrent pas dans l’intérêt de l’économie réelle et de M. Tout-le-Monde. Elles poursuivent en réalité deux buts :

  • protéger l’industrie financière. Si les Banques centrales s’appellent « banques », c’est bien parce que ce sont des super-banques. Elles ne s’appellent pas « Trésor » ou « organisme en charge de la gestion de la masse monétaire ». En tant que banques, leur vocation, c’est le crédit ;
  • protéger l’Etat-providence qui est le plus gros client des banques et a sous-traité la création monétaire aux banques commerciales.

Ce n’est pas un hasard si le gonflement des bulles de crédit a suivi celui des dépenses sociales des pays développés.

Une étude de Citigroup, qui date de mars 2016, s’est penchée sur les engagements non provisionnés des Etats-providence de l’OCDE.

Voici ce que cela donne (illustré par le graphique ci-dessous, en anglais) : pour 44 000 milliards de dollars de dette publique avouée, les gouvernements des pays développés ont en réalité 78 000 milliards d’engagements de retraite non provisionnés. Ce n’est que la retraite, pas la maladie ou le chômage !

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Que font, depuis la nuit des temps, les Etats lorsqu’ils sont surendettés ? Ils créent de la monnaie pour donner l’apparence de la solvabilité. Créer de la monnaie conduit à renchérir artificiellement les prix, ce qui permet de gonfler les recettes fiscales et de ronger les dettes publiques. L’inflation, conséquence de la création monétaire, est le Graal de tout pays surendetté.

Puce Même les meilleures choses ont une fin
Aujourd’hui, monnaie et crédit sont une seule et même chose. La monnaie en espèces sonnantes et trébuchantes ou en billets disparaît au profit de lignes inscrites dans des mémoires informatiques. Les Banques centrales ont donc créé des quantités astronomiques de crédit.

Ce faisant, nous avons eu le droit à une inflation (hausse des prix) des actifs financiers.

Les prix des obligations et des actions se sont envolés. Les Banques centrales ont ainsi réussi à masquer l’insolvabilité des deux entités qu’elles protègent :

  • les gouvernements qui ont pu continuer à s’endetter à bon compte sans voir la charge des intérêts payés augmenter ;
  • les banques commerciales qui font apparaître à leur bilan des valorisations flatteuses.

Mission accomplie, donc. Quant à M. Tout-le-Monde, il ne s’est pas plaint car il n’a pas eu à endurer de hausse des prix à la consommation ; ces derniers sont restés assez sages malgré des niveaux inédits de création monétaire.

Il n’y a pas eu de hausse générale des prix à la consommation car le crédit abondant a financé de monstrueuses capacités de surproduction et la concurrence fait rage.

Mais même les meilleures manipulations ont une fin… L’inflation commencerait à poindre son nez aux Etats-Unis.

TAUX INFLATION

Est-ce sérieux ? En regardant ce graphe, vous comprenez pourquoi la Fed a décidé de ne rien faire : le niveau n’est pas du tout suffisant pour ronger efficacement les dettes.

Puce D’où vient l’inflation ?
Cette inflation annonce-t-elle la fin des surcapacités productives ? Difficile à croire.

Côté production, songez au pétrole de schiste, à l’industrie automobile… De l’autre côté de la chaîne économique, songez à la consommation subventionnée par les « transferts sociaux » et le crédit (crédit étudiant aux Etats-Unis).

D’où vient cette inflation alors ? Je pense que même Janet Yellen n’en sait rien. Il est encore trop tôt pour un diagnostic.

En Allemagne aussi, où les épargnants sont punis par les taux d’intérêt négatifs, l’inflation fait une petite poussée de fièvre.

L’inflation décollera lorsque les créditeurs du système voudront retirer leur argent de la sphère financière puisque leur épargne ne leur rapporte plus rien, et le dépenser plutôt que le laisser dans les banques.

Si l’inflation décolle vraiment, que pensez-vous que les Banques centrales feront ?
Rien, évidemment. De toute façon, toute hausse des taux dans un monde surendetté précipiterait des faillites en cascade.

Comme l’avait fait remarquer Karl Otto Pöhl, un ancien de la Bundesbank : « L’inflation, c’est comme la pâte dentifrice. Une fois qu’elle est sortie du tube, il est impossible de l’y faire rentrer. »

A propos de l'auteur

Simone Wapler

Rédactrice en Chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler
Ingénieur de formation, Simone Wapler a quitté depuis plus de 13 ans le secteur de l'ingénierie aéronautique pour se concentrer sur les marchés boursiers. En 2001, elle entre aux Publications Agora -- groupe de presse et d'édition spécialisé dans la recherche et les conseils financiers – dont elle prend la direction éditoriale en 2011. Son expertise sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.
La force de Simone Wapler, c'est son indépendance. Attention, elle n'est pas pour autant isolée, elle reste connectée en permanence à un réseau de spécialistes iconoclastes unique au monde : Agora Inc. Mais Simone ne se contente pas comme beaucoup de collecter les informations officielles et de les relayer... Non, elle va au charbon -- et utilise sa puissance d'analyse pour décrypter elle-même l'actualité, chiffres à l'appui, afin d'apporter une véritable plus-value d'information à ses lecteurs, sous une forme simple et sans jargon.
C'est simple, elle a été parmi les premiers à s'intéresser à l'or et à prédire sa hausse continue. Elle a mis en garde le grand public -- bien avant la presse généraliste -- de l'explosion de la bulle internet en 2000... des dérèglements financiers mondiaux de l'après 11 septembre 2001... de la bulle des junk bonds de 2001... de la bulle immobilière américaine en 2007... de la crise des dettes souveraines dès fin 2009...
Plus récemment encore, elle a averti ses lecteurs du risque pesant sur les obligations grecques, espagnoles ou portugaises – ou sur de nombreux placements autrefois sûrs, et désormais à fuir. Elle n'a pas attendu pour cela la dégradation des notes souveraines de ces Etats ou encore celle, en juin 2012, de grandes banques comme la Société Générale ou BNP Paribas.
Simone Wapler travaille tous les jours pour vous permettre d'avoir un temps d'avance sur les autres et vous aider à protéger votre capital contre les dangers qui le menacent.
Elle est également rédactrice en chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

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