Bons plans

L’eau-tarcie ou comment ne plus payer de facture trop salée

eau
Ecrit par Meriem Saïdi

Pour consommer moins d’eau, il suffit de changer ses habitudes. C’est en tout cas le discours officiel qu’on vous assène depuis quelques années déjà au prétexte que les experts des sociétés distributrices ont déterminé la meilleure façon de gérer l’eau.

Voici quelques-uns de ces gestes qu’on nous enseigne :

  • préférer les douches courtes (60 litres environ) ;
  • fermer le robinet de la douche lorsque vous vous savonnez, et celui du lavabo lorsque vous vous brossez les dents ;
  • choisir des pommeaux de douche économiques qui réduisent le débit de sortie du tuyau de douche ;
  • installer des économiseurs sur les lavabos de votre salle de bain ;
  • installer un mitigeur ;
  • utiliser l’eau froide pour vous laver les mains : l’eau chaude n’a pas le temps d’arriver jusqu’au robinet, mais vous aurez tout de même utilisé de l’énergie ;
  • installer une double chasse d’eau économique.

Toutes ces habitudes sont à prendre si ce n’est pas déjà fait… Mais il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas en vous culpabilisant que vous allez y arriver !

Pour tendre vers l’autosuffisance, il faut, vous vous en doutez, changer beaucoup plus que vos habitudes. Et cela passe par une autre façon d’aborder l’approvisionnement en eau.

Certes, le système de gestion de l’eau est complexe, mais il est surtout bien rôdé : l’hygiénisme fait fureur et la marchandisation de l’eau bat son plein. La tendance actuelle est bien de tout soumettre à l’analyse, au grand bonheur des laboratoires et des industriels qui vous vendent l’eau à prix d’or. Des sociétés distribuent désormais l’eau potable à 80% des abonnés et assurent la collecte et le traitement des eaux usées de plus de la moitié des abonnés en France.

Vous serez d’accord avec moi pour dire que l’eau est un bien commun et qu’elle ne devrait pas être l’apanage de quelques multinationales qui, sous couvert d’action publique, cachent bien leurs profits croissants. Ce sont les mêmes sociétés qui font la promotion des stations d’épuration qui polluent aussi bien nos rivières que les eaux souterraines.

Quand les ressources naturelles seront toutes ou presque polluées, quand les dernières sources d’eau « pure » seront privatisées, quel prix devrez-vous payer pour étancher votre soif et celle de votre famille ?

Il existe des techniques simples, efficaces, bon marché et surtout accessibles à tous. Eau de pluie, épuration, toilettes sèches, ça vous parle ?

La récupération de l’eau de pluie

Le principe d’installation d’un tel système est simple : l’eau est recueillie dans les gouttières, filtrée (pour les feuilles ou les petits animaux), rassemblée dans un collecteur avant d’être stockée dans une cuve.

Pour un usage domestique (lave-linge, W.-C.), un filtrage sera installé à la sortie de la pompe. “Une eau filtrée sur 10 microns convient à tous les usages, sauf pour l’alimentation”, indique Joseph Orszàgh, un ingénieur belge qui a consacré sa vie à la question.

Il faut avant tout définir ses besoins en fonction des usages souhaités. Pour laver des voitures, des vélos et arroser le jardin, une cuve placée à l’extérieur suffit. Sa contenance varie de 200 à 1 000 litres. Si on envisage un usage mixte (sous conditions réglementaires strictes), pour le jardin et la maison (alimentation des W.-C. et du lave-linge, nettoyage des sols…), le volume de la cuve doit être beaucoup plus important (les modèles vont de 2 500 à 10 000 litres, avec une capacité habituelle de 5 000 litres, soit 5 m3). La citerne doit alors obligatoirement être enterrée.

En cas de manque de place ou d’accès difficile, il existe des réservoirs souples de grande contenance qui s’installent dans le vide sanitaire ou sous une terrasse.

Dans tous les cas, pour bien choisir sa cuve, on doit estimer le volume d’eau récupérable en fonction de trois facteurs essentiels : le nombre de personnes du foyer, la pluviométrie et la surface de captage du toit. Pour connaître la pluviométrie moyenne annuelle de votre lieu de résidence (1 mm de précipitations = 1 litre/m²), consultez les sites spécialisés (www.meteo.fr, www.meteociel.fr). L’idéal est de prendre en compte les précipitations sur les cinq années écoulées.

Une citerne à eau de pluie pour un usage domestique n’est autre que la reconstitution artificielle d’une cavité rocheuse souterraine dans laquelle l’eau stockée se conserve bien. Pour une bonne conservation, la température doit rester constante (ce qui est le cas dans une citerne enterrée), l’eau doit pouvoir être neutralisée par les parois de la citerne. Cette condition est remplie par des citernes en béton ou en maçonnerie recouvertes de mortier-ciment (sans adjonction de chaux !). Sans tout cela, l’eau de pluie risque de devenir putride et de sentir mauvais. C’est le cas dans les citernes en plastique, en métal ou dans les citernes non enterrées.

Si l’eau a vocation à être potabilisée, elle doit être stockée dans une citerne en pierre (béton, ou cuve plastique mais avec des pierres calcaires dans le fond) pour reminéraliser l’eau de pluie, celle-ci arrivant acide dans la citerne.
Pour le nettoyage annuel, prévoyez un fond en carrelage et un puisard pour y mettre une pompe d’aspiration via une trappe.
Pour ceux qui habitent en ville, il faut attendre que le toit soit « lavé » par l’eau avant de la collecter dans la citerne, sinon prévoyez une plus grande décantation.

Une fois la citerne mise en place, il suffit de relier à sa sortie un filtre et une pompe (de surface, pas très onéreux) et de se connecter au réseau… Mais c’est là que le bât blesse, du moins en France ! Vous ne pouvez pas consommer cette eau, même « potable », comme vous le souhaitez. Vous ne pouvez pas vous raccordez au réseau classique sauf pour évacuer les eaux usées. Vous devez installer un réseau annexe.

Les textes de lois (notamment l’arrêté du 21 août 2008) sont clairs sur l’usage domestique de l’eau de pluie. Ils sont restrictifs : vous ne pouvez pas raccorder votre citerne au système d’approvisionnement en eau de votre domicile. Vous pouvez alimenter vos W.-C., arroser votre jardin et laver ce qui est à l’extérieur de la maison. Vous pouvez vous raccorder au système d’évacuation des eaux usées sous réserve de le déclarer. Vous n’êtes pas autorisé à utiliser cette eau potabilisée pour votre hygiène ou votre linge, et encore moins en cuisine. Je ne vous parle même pas de la boire…

C’est assez rageant quand on sait que, dans d’autres pays, cette méthode fonctionne bien. D’aucuns avancent qu’au vu de la pollution croissante de nos nappes phréatiques et de nos cours d’eau, l’eau de pluie devient la principale source d’eau de haute qualité, potable.

Joseph Országh qualifie cette eau de « biocompatible ». Il promeut l’usage de l’eau de pluie généralisée, les toilettes sèches et l’épuration décentralisée qui constituent, selon lui, une véritable « politique de prévention de la pollution ». On n’entend pas parler de ces alternatives dans nos gouvernements successifs… On se demande bien pourquoi !

Combien ça coûte ?

Le coût d’une installation varie selon le volume de la cuve et de l’usage de l’eau de pluie récupérée. Un système mixte (l’eau potable et l’eau de pluie, non potable) enterré est bien sûr plus complexe et plus coûteux qu’une cuve hors sol réservée à l’arrosage du jardin.

Parmi les différents modèles de récupérateurs (en béton, polyéthylène, polyester et PVC) et leur large choix de capacité (de 200 à plus de 10 000 litres), les prix vont de 100€ environ dans les grandes surfaces de bricolage (la cuve hors sol de 1 000 litres en PEHD, par exemple) à plus de 7 000€ hors pose pour une installation complète (cuve enterrée de 5 000 litres avec pompe et filtres). Comptez environ 2 500€ pour un module de gestion (qui inclut la pompe et le disconnecteur), en plus du prix de la cuve.
Quant au coût d’une pompe (enfouie ou de surface), il varie de 400€ environ à plus de 1 600€.

La potabilisation de l’eau

Pour une utilisation en eau potable, un système de traitement par osmose inverse ou microfiltration donne une eau parfaitement pure et irréprochable d’un point de vue microbiologique.

  • Microfiltration

« Un système de filtration avec une porosité de moins d’un micron dont le but est d’éliminer les bactéries de l’eau. Il ne modifie pas la composition chimique : les sels dissous restent dans l’eau. La microfiltration se fait souvent à l’aide d’une membrane microporeuse, telle qu’une membrane céramique. Il s’agit d’une solution alternative intéressante à la désinfection chimique, dont il n’a pas les inconvénients : la modification des propriétés électrochimiques et biologiques de l’eau. La microfiltration est souvent complétée par une filtration sur charbon actif. C’est pour achever la purification en éliminant les polluants organiques chimiques (pesticides), ainsi que les odeurs et goûts désagréables. La microfiltration combinée au charbon actif est utilisée pour rendre potable l’eau de pluie ou d’autres eaux chimiquement correctes, mais contaminées par des bactéries. Son utilité est discutable pour améliorer l’eau de distribution dans laquelle les bactéries ont déjà été tuées chimiquement. La microfiltration est complètement inutile dans le cas des eaux chimiquement incorrectes » (source eautarcie.com).

  • Osmose inverse

« L’osmose inverse est un système de filtration très fin couramment utilisé pour la purification de l’eau, qui fonctionne en forçant le passage de l’eau au travers d’une membrane semi-perméable. La membrane retient les sels dissous et autres particules sur sa face, laissant passer l’eau purifiée de l’autre côté. Un tel système peut filtrer particules, bactéries, virus, composés organiques et ions à moins de 0,5 nanomètres de diamètre. Contrairement à la microfiltration, l’osmose inverse modifie la composition chimique de l’eau. Pour un litre d’eau filtrée, un tel système consommera – et rejettera – 3 à 10 litres d’eau qui servent à rincer la membrane et évacuer les impuretés retenues. L’osmose inverse est actuellement une technique incontournable pour faire de l’eau biocompatible à partir d’une eau de distribution. Elle laisse (heureusement) un peu de sels minéraux dans l’eau » (source eautarcie.com).

Les toilettes sèches ou le tabou des déjections

L’invention de la chasse d’eau a changé la manière d’envisager le traitement de l’eau. Une idée simple voire simpliste s’est installée chez les professionnels de l’épuration : plus on épure les eaux fécales, plus on protège l’environnement. C’est le contraire qui se produit. Le réseau du tout-à-l’égout est contaminé par de plus en plus de polluants (médicaments, métaux lourds, produits d’hygiène…).

Le tout-à-l’égout est tout aussi absurde que le tout à la poubelle. Lors de ses travaux, Joseph Orszàgh a découvert que le traitement des eaux fécales dans le compost aboutissait à deux choses : la diminution de la pollution liée au système d’épuration (boues d’épuration rejetées dans les rivières) et la fabrication d’un compost où les bactéries éventuellement dangereuses disparaissent au bout de quelques mois, d’où la possibilité de fertiliser les sols.

Je vous rappelle que, avant les W.-C., il y avait les latrines au fond de la cour ou du jardin que les agriculteurs venaient vider régulièrement pour fertiliser leurs sols.

Les premiers égouts ne récoltaient presque que des eaux savonneuses et quasi pas d’eaux fécales : les techniciens installaient des égouts non étanches. Ils avaient conscience que ces eaux devaient s’infiltrer dans le sol et ne pas être rejetées dans les rivières (car polluantes en milieu liquide).

Les toilettes à litière bio-maîtrisée (TLB) sont les toilettes sèches de troisième génération, avec de la cellulose végétale. Quel intérêt ? L’utilisation des déjections dans le cycle naturel de la formation de l’humus et la restauration de la biodiversité. Adieu fertilisants et produits phytosanitaires, vive le compost !

Il ne faut prévoir ni arrivée d’eau (sauf pour le lave-mains), ni tuyau d’évacuation, ni ventilation forcée. Les TLB se placent à l’intérieur de la maison, dans la pièce prévue pour les W.-C. ou la salle de bains. La litière peut être composée des déchets du jardin que vous aurez broyés et séchés. Côté coût, c’est variable en fonction du meuble que vous choisissez ou que vous construisez, mais cela reste bas.

Pourquoi n’y a-t-il pas de volonté politique de favoriser ces techniques ? À cause de la pression énorme du secteur industriel et économique sur les décideurs politiques : cela porterait un gros coup à l’industrie chimique et aux marchands d’eau. La prise en charge des services de l’eau par les multinationales, même déguisées en sociétés publiques, entraîne des frais croissants pour la collectivité.

« L’eau du robinet est le symbole du monopole de fourniture d’eau potable, la mainmise du pouvoir sur une ressource vitale » (Joseph Országh).

Nous sommes loin d’une gestion durable de l’eau. En attendant que l’État sorte de la politique de l’eau marchandise… agissez et gagnez en autonomie.

A propos de l'auteur

Meriem Saïdi

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