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Les gens qui réussissent savent conserver leurs amis (par James Altucher)

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Ecrit par James Altucher

Un homme d’affaires est au téléphone, dans son bureau. Il est de dos. (Article de James Altucher)

Appelons-le « Pat ». Ce n’est pas son nom, mais ce n’est pas loin. Je ne veux pas l’embarrasser, même si je suis sûr à 99,99% qu’il ne le serait pas si je le citais.

Je l’ai rencontré en 1999. Il était numéro 2 de la plus grande banque d’investissement du monde. Il voulait investir dans ma nouvelle société, celle que j’étais en train de créer. Et finalement, voici ce qu’il a fait :

Il y a investi un million de dollars.

Il a appelé tous ses meilleurs amis : Henry Kravis, Jim McCann (le PDG de 1-800-Flowers) et une poignée d’autres investisseurs célèbres. Il leur a dit : « Investissez là-dedans » et ils ont tous transféré 1 million de dollars en quelques minutes. Henry Kravis voulait envoyer 5 M$ mais j’ai été assez idiot pour dire « non ». Pat m’a probablement aidé à lever 15 M$ supplémentaires.

Ensuite, Pat a de nouveau investi un million de dollars dans une autre société dans laquelle j’avais une participation.

Et puis il m’a présenté une grande société de capital-investissement qui a investi 100 M$ dans un fonds que nous étions en train de créer.

Et puis j’ai débauché le meilleur banquier d’investissement de Pat, pour qu’il travaille pour ce fonds. J’ai appelé Pat pour lui dire « de ne pas le prendre mal ». Il m’a répondu que c’était foncièrement injuste mais qu’il comprenait.

A partir de là, tout est parti de travers. Le fonds que nous avions créé s’est écroulé. Nous avions peut-être investi 30 M$ du fonds, mais les performances ont été effroyables.

La société dans laquelle tous les amis de Pat avaient investi s’est écroulée. Nous avons tout perdu. Tous ont perdu la totalité de leur argent. En tout, la société avait levé 120 M$ mais elle a été vendue pour 10 M$ il y a quelques années.

L’autre société a disparu. Je ne sais même pas ce qui lui est arrivé. Personnellement, j’ai perdu une somme colossale comme tous ceux qui y avaient investi à ma connaissance.

Donc voilà comment j’ai remercié Pat pour son aide.

Merci, Pat.

Les années ont passé. Finalement, Pat a quitté cette banque et créé son propre hedge fund. Il a embarqué avec lui son nouveau Numéro 2, qui s’est chargé de réaliser tous les investissements. Et Pat a pris son téléphone : il a appelé ses amis et les a convaincus d’investir. Il a levé 3 Mds$ pour son fonds.

Grâce à son nouveau Numéro 2, le fonds a gagné des milliards de dollars chaque année. Un énorme succès.

Un jour, j’ai écrit un livre. Je crois que c’était en 2005. C’était un livre sur Warren Buffett, intitulé Trade Like Warren Buffett. Ce livre n’était pas mal, mais n’avait rien à voir avec ce que j’écris aujourd’hui.

Je n’avais pas vu Pat depuis cinq ans. Et le seul souvenir qu’il pouvait avoir de moi – sachant qu’il n’avait aucune raison de se souvenir de moi — c’était forcément celui d’un tocard qui lui avait coûté des millions de dollars, à lui et à ses amis, et piqué son meilleur employé.

Mais juste comme ça, j’ai signé un exemplaire du livre et je l’ai fait porter à son bureau.

Quelques minutes après que le coursier ait quitté mon bureau avec le livre, le téléphone a sonné.

C’était Pat.

« James », a-t-il dit. « Merci beaucoup pour ton livre et pour ton gentil petit mot ».

« Salut, Pat », ai-je dit. Mais je ne savais pas quoi dire d’autre. Aurais-je dû dire « Merci ! » ou aurais-je dû dire « Désolé ! », ou encore « Quoi de neuf ? ». Je ne le connaissais pas si bien que ça, et il s’était passé beaucoup de choses ces cinq dernières années.

« J’espère que tu aimeras le livre », lui ai-je dit.

« J’ai hâte de le découvrir », a-t-il répondu, « je le lirai ce soir ».

Comme c’était un livre à propos de Warren Buffett, il m’a raconté une histoire à propos de lui. Cela se déroulait lors d’un dîner avec la Reine d’Angleterre, entre autres personnes. Worldcom venait juste de faire faillite en 2002. Il s’était absenté du dîner pour passer des coups de fil car il essayait de racheter les créances de Worldcom à prix cassé. « Tout le monde pensait que ces créances ne valaient pas un centime », a-t-il dit. « Mais personne n’a compris que le Département de la Défense était le plus gros client de l’entreprise. Il n’y avait aucune chance qu’il ne rembourse pas sa dette. »

« Donc, j’essayais de racheter ces créances pour un dixième de leur valeur. Cela pouvait me rapporter 1 000%. Une seule autre personne essayait de racheter ces mêmes créances, ce soir-là : Warren Buffett. Mais nous avons demandé à Rudolf Giuliani de passer des coups de fil pour nous, et nous avons fini par l’emporter sur l’offre de Buffett et par racheter ces créances. Je fais de la course automobile avec Giuliani. Cet investissement nous a rapporté dix fois la mise. Peut-être bien 2 Mds$. Mais Warren Buffett est un concurrent acharné ».

Je ne savais pas quoi dire. « C’est chouette ».

« Quoi qu’il en soit, James. J’apprécie l’attention. Merci de m’avoir envoyé ce livre. J’espère que tout se passe bien pour vous. Appelez-moi quand vous voulez ».

Et il a raccroché.

Ce qui m’a frappé, c’est qu’il possédait l’un des « ingrédients » clés de la réussite. Un ingrédient que je n’avais pas, tout simplement, et qui me pose toujours problème. Il avait pris son téléphone et m’avait appelé. Il avait renoué le contact alors que je lui avais fait perdre des millions. Je lui avais piqué son meilleur employé. Il rencontre des milliers de personnes par an et n’avait aucune raison de rester en contact avec un tocard comme moi.

Il avait reçu un cadeau de ma part et m’avait immédiatement appelé pour me remercier. Cela lui avait pris peut-être deux minutes de son temps.

C’était sa touche personnelle, dans sa réussite. Moi, je fais ça très mal. Même lorsque mes meilleurs amis m’écrivent, je ne leur réponds pas, parfois. Je ne sais pas pourquoi. Au fil du temps, j’ai vraiment perdu des amis, et cela m’arrive encore. Au moins un par mois. Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Quelque chose ne tourne pas rond avec moi.

Un petit merci, c’est comme déposer un tout petit peu d’argent dans un compte-épargne, et le regarder produire des intérêts composés. Au bout du compte, après un millier de petits « merci », le compte contient énormément de bienveillance et n’attend qu’une chose : que vous puisiez dedans pour réussir.

Voilà pourquoi Pat pèse probablement des milliards aujourd’hui.

Et voici une autre raison : environ une semaine après cet appel, je lui ai écrit à nouveau. Après tout, il avait dit que je pouvais lui écrire quand je voulais. Je lui ai présenté mon nouveau fonds et demandé s’il voulait y investir.

Pat remercie probablement des gens 10 à 20 fois par jour, au fur et à mesure qu’il alimente son compte-bienveillance.

Mais pour réussir, il existe également une autre clé : savoir tirer des leçons de ses erreurs.

Il m’a répondu.

« Non ».

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James Altucher

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