Economie

L’or, une bouée de sauvetage qui coule ?

Ecrit par Simone Wapler

L’or est passé sous 1 300 dollars l’once alors même que le Fonds monétaire international (FMI) alerte sur le niveau record d’endettement mondial, et pense qu’il est responsable de la faible croissance. Le remède ?

Plus de dette publique, préconise le FMI. Dans ces conditions, nous conservons notre bouée de sauvetage financière.

Cette dépêche de Bloomberg, datée d’hier, a déclenché un rire nerveux de ma part. Elle m’a rappelé cette célèbre réplique d’Audiard « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît« .

Donc, Deutsche Bank a des idées sur l’or et pense que l’or à moins de 1 300 dollars l’once est surévalué.

Deutsche Bank qui est sous le coup d’un litige concernant des malversations sur le fixing du cours de l’or.

Deutsche Bank qui n’arrive pas à livrer un de ses clients de son contrat d’or physique et ne donne aucune explication quant à son défaut.

Deutsche Bank qui, en sombrant, menace d’engloutir le système financier dans les remous de son naufrage.

Soyons sérieux.

L’argumentaire de Deutsche Bank est que la croissance mondiale ralentissant, il y aura moins de demande d’or physique en provenance de l’Inde et de la Chine. Les cours reflètent une pression de la demande et la Chine et l’Inde sont les gros demandeurs, la demande d’or d’investissement étant marginale. CQFD.

Dans le même temps, le FMI indique que la dette mondiale dépasse 152 000 milliards de dollars, deux fois la taille de l’économie mondiale. Elle dépasse le niveau de 2009.

Dette mondiale exprimée

La dette brute est tout simplement la dette, par opposition à la dette nette qui est la dette diminuée des actifs financiers détenus par les gouvernements.

La plupart de cette dette est concentrée dans les pays riches, note le FMI, qui indique aussi que la dette privée freine la croissance.

« La dette privée excessive est un frein majeur à la reprise économique mondiale et un risque pour la stabilité financière«  a dit Vitor Gaspar du FMI, en présentant les chiffres collectés par le FMI et la Banque des règlements internationaux auprès de 113 pays pesant 94% de l’économie mondiale.

Hohoho, le FMI reconnaîtrait que la dette a brûlé l’argent du futur, ce qui explique que la croissance patine ? Face à cette clairvoyance, des larmes d’émotion coulent sur mon clavier…

Mais non, pas si vite. Plus loin, le FMI pousse les gouvernements à « agir pour doper la croissance« . Il faut plus de dette. La dette est bonne, avait insisté l’universitaire économiste

Paul Krugman sur son blog le 21 août.

C’est le miracle de la dette, cher lecteur. La dette privée n’est pas bonne mais la dette publique, elle, est bonne… Les gens qui gagnent de l’argent sont des crétins qui ne savent pas le réinvestir, mais ceux qui administrent l’argent des autres, l’argent public, celui des impôts, savent mieux que les premiers quoi en faire.

Question : quelle quantité de dette faut-il au monde ?

Plus, répond la Parasitocratie, sans vraiment avancer de chiffres.

Ce qui est, avouez-le cher lecteur, très inquiétant. Car voyez-vous, la dette publique n’est qu’un stock d’impôts en devenir et la Parasitocratie semble favoriser l’impôt infini.

Mais nous, nous savons que nos ressources sont finies, il va donc y avoir un problème.

La dette publique risque bien de ne pas être payée. C’est pour ça que nous avons de l’or : parce que c’est un actif financier qui n’est la dette de personne et parce qu’un jour il faudra bien apurer les comptes publics.

Mais pourquoi l’or baisse-t-il ? Parce que les investisseurs pensent que la Fed va relever son taux directeur en décembre, nous dit la presse spécialisée.

Parce que certaines banques commerciales européennes en auraient vendu, dit une rumeur non confirmée.

Est-ce vraiment important ?

Non. Tant que les dettes augmentent, que la croissance n’est pas là et que le FMI appelle à plus de tout ce qui n’a pas marché jusqu’à présent, l’or est une bouée de sauvetage. Il sera temps de vendre lorsque les rendements des emprunts d’Etat diminués de l’inflation seront honnêtes.

Nous en sommes loin.

A propos de l'auteur

Simone Wapler

Rédactrice en Chef de L’Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler
Ingénieur de formation, Simone Wapler a quitté depuis plus de 13 ans le secteur de l’ingénierie aéronautique pour se concentrer sur les marchés boursiers. En 2001, elle entre aux Publications Agora — groupe de presse et d’édition spécialisé dans la recherche et les conseils financiers – dont elle prend la direction éditoriale en 2011. Son expertise sert aujourd’hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.
La force de Simone Wapler, c’est son indépendance. Attention, elle n’est pas pour autant isolée, elle reste connectée en permanence à un réseau de spécialistes iconoclastes unique au monde : Agora Inc. Mais Simone ne se contente pas comme beaucoup de collecter les informations officielles et de les relayer… Non, elle va au charbon — et utilise sa puissance d’analyse pour décrypter elle-même l’actualité, chiffres à l’appui, afin d’apporter une véritable plus-value d’information à ses lecteurs, sous une forme simple et sans jargon.
C’est simple, elle a été parmi les premiers à s’intéresser à l’or et à prédire sa hausse continue. Elle a mis en garde le grand public — bien avant la presse généraliste — de l’explosion de la bulle internet en 2000… des dérèglements financiers mondiaux de l’après 11 septembre 2001… de la bulle des junk bonds de 2001… de la bulle immobilière américaine en 2007… de la crise des dettes souveraines dès fin 2009…
Plus récemment encore, elle a averti ses lecteurs du risque pesant sur les obligations grecques, espagnoles ou portugaises – ou sur de nombreux placements autrefois sûrs, et désormais à fuir. Elle n’a pas attendu pour cela la dégradation des notes souveraines de ces Etats ou encore celle, en juin 2012, de grandes banques comme la Société Générale ou BNP Paribas.
Simone Wapler travaille tous les jours pour vous permettre d’avoir un temps d’avance sur les autres et vous aider à protéger votre capital contre les dangers qui le menacent.
Elle est également rédactrice en chef de L’Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

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