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Réactualisation du coût de sortie de l’euro

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Ecrit par Simone Wapler

Combien coûterait une sortie de l’euro ? Il y a deux types d’additions. Celle qui serait présentée aux créanciers étrangers et celle qui serait présentée à chaque citoyen du pays sortant. C’est l’addition citoyenne qui nous intéresse. Hélas, c’est celle sur laquelle il existe le moins d’informations. C’est normal puisque le système monétaire et financier est conçu pour la Parasitocratie (financière et politique), pas pour le citoyen lambda.

Face au flou entourant le chiffrage d’une mesure comme le revenu universel, le chiffrage précis d’une chose encore plus complexe que celle de passer d’une monnaie malhonnête supranationale à une monnaie malhonnête nationale relève du tour de force. Impossible de cerner ce sujet en une seule chronique.

J’ai commencé à rouvrir quelques dossiers poussiéreux datant de 2011-2012. Surnagent deux études : l’une de la fondation Res Publica, intitulée L’explosion de la Zone euro, une simulation, l’autre d’UBS Investment Research titrée Euro break-up – the consequences.

Premier constat, depuis 2011-2012, les dettes publiques se sont alourdies, les leviers des banques n’ont pas diminué. Les deux points clés restent les mêmes : les dettes publiques dont le remboursement du principal et des intérêts incombent à chacun de nous ; les déséquilibres au titre de Target 2, des créances commerciales douteuses accumulées au sein des banques centrales nationales. Par chance, l’exposition de la France à Target 2 est faible. Ceci me permet de faire l’impasse.

Premier principe : toute sortie d’un pays de la Zone euro introduit un déséquilibre entre le passif, ce qu’il doit, et l’actif, ce qu’il a. Un Etat a comme passif ses obligations, sa dette qui resterait libellée en euro ; son actif, ce sont ses recettes fiscales, ce qu’il va nous prendre.

Supposons que la France revienne au franc : le franc vaudrait moins que l’euro du jour au lendemain. Oui, à l’instant t0, 1 franc vaudrait bien 1 euro, mais très vite, la sanction de la dévaluation tomberait. Car si la France rejette l’euro, ce n’est pas parce qu’elle est dans une situation économique florissante. A pays économiquement faible, monnaie faible.

A l’extérieur, les gens regarderont donc le franc avec méfiance. Admettons que 1 franc n’achète plus que 0,8 euro (dévaluation de 20% selon les hypothèses retenues dans les précédentes études). La dette et les intérêts de la dette resteraient cependant dus en euros à nos créanciers étrangers. Les recettes seraient collectées en francs. Assumer la dette demanderait donc un effort 20% supérieur.

Marine Le Pen – par la bouche de son conseiller économique Bernard Monot – prétend avoir la solution : la planche à billets. « Je ne pense pas que ce sera une catastrophe car après tout, la France est un grand pays et les gens comprendront que nous sommes des patriotes qui travaillons à restaurer la souveraineté de la France« , a indiqué Monot (propos rapportés par Bloomberg). « S’il y a une catastrophe, j’ai un plan et il est ici », a-t-il ajouté en pointant vers sa tête.

Qu’y a-t-il dans le crâne de Bernard Monot ? La trépanation dépasse le stade d’une simple chronique… Toutefois, une planche à billets peut certainement imprimer des francs, mais elle ne peut pas les transformer en euros. Vous pouvez créer votre monnaie familiale mais il y a peu de chances pour que votre boucher ou votre femme de ménage l’accepte. Les investisseurs étrangers qui détiennent 60% des 2 000 milliards d’euros de la dette française se moquent éperdument du fait que la France soit un « grand pays » en train de regagner sa « souveraineté ». Ils veulent des euros.

Un membre éminent de la Parasitocratie, M. Villeroy de Galhau, nous a lâché (sur Reuters) une information sur le sujet : « Vouloir sortir de l’euro et dévaluer notre monnaie pour être libre de faire plus de déficit, ce serait oublier que le financement de la dette française coûterait nettement plus cher : plus de 30 milliards d’euros par an à terme. »

M. Villeroy de Galhau doit savoir de quoi il parle. Inspecteur des Finances, il fut ancien directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn, puis de Christian Sautter, deux de nos brillants ministres des Finances de 1997 à 2000. Il est ensuite parti chez BNP Paribas où il termina directeur général délégué (numéro 2). Il coule désormais des jours heureux à la Banque de France. Aucun conflit d’intérêts chez cet honnête serviteur de l’État, de ses finances et des grandes banques. On peut retenir son estimation comme fiable.

A ce stade, vous pouvez donc considérer que « l’ardoise citoyenne » dans le cas d’une sortie de l’euro serait :

  • 30 milliards d’euros de supplément sur les intérêts de la dette à acquitter ;
  • un renchérissement immédiat de 20% de tous les produits importés (44 milliards d’euros par an) soit 8,8 milliards d’euros ;
  • le financement du déficit public de 30 milliards d’euros (c’est le déficit hors intérêts de la dette française). Car n’oublions pas qu’il va bien falloir que l’État continue à vivre, et comme les prêteurs étrangers auront disparu, il faudra mettre la main à la poche.

Cela nous fait donc un « total citoyen » de 68,8 milliards d’euros. Considérez que cela équivaut à une augmentation de 50% de la TVA puisque les recettes annuelles sont d’environ 144 milliards d’euros.

A cela s’ajoute le gel des contrats d’assurance-vie en euro (c’est de la dette française, environ 1 300 milliards d’euros) dans un premier temps, qui seraient ensuite remboursés en monnaie de singe nationale dans un deuxième temps.

Pour continuer à « arnaquer les gens avec leur propre argent », selon l’expression de Bill Bonner, il ne restera plus qu’à distribuer un Revenu Universel Citoyen (RUC) avec notre monnaie souveraine que nous pouvons enfin imprimer comme bon nous semble. Il me vient d’ailleurs une idée citoyenne (vous avez remarqué, cher lecteur ? Je suis d’humeur très citoyenne aujourd’hui. J’espère que ça ne vous dérange pas) : organiser une collecte pour emmener les conseillers économiques des candidats à la présidentielle en voyage d’étude au Venezuela…

Plus sérieusement, en compulsant mes dossiers poussiéreux, je suis retombée sur un détail : toute sortie de l’euro se ferait dans un délai très bref pour éviter des fuites de capitaux. C’est avant qu’il faut se préparer.

La montée des partis eurosceptiques met l’euro sous pression. Même si ce n’est pas la France qui sort de la monnaie unique, d’autres pays sont tentés. Les jours de l’euro tels que nous le connaissons aujourd’hui sont comptés : prenez les mesures nécessaires sans attendre en cliquant ici.

A propos de l'auteur

Simone Wapler

Rédactrice en Chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler
Ingénieur de formation, Simone Wapler a quitté depuis plus de 13 ans le secteur de l'ingénierie aéronautique pour se concentrer sur les marchés boursiers. En 2001, elle entre aux Publications Agora -- groupe de presse et d'édition spécialisé dans la recherche et les conseils financiers – dont elle prend la direction éditoriale en 2011. Son expertise sert aujourd'hui, non pas la cause des multinationales ou des banquiers, mais celle des particuliers.
La force de Simone Wapler, c'est son indépendance. Attention, elle n'est pas pour autant isolée, elle reste connectée en permanence à un réseau de spécialistes iconoclastes unique au monde : Agora Inc. Mais Simone ne se contente pas comme beaucoup de collecter les informations officielles et de les relayer... Non, elle va au charbon -- et utilise sa puissance d'analyse pour décrypter elle-même l'actualité, chiffres à l'appui, afin d'apporter une véritable plus-value d'information à ses lecteurs, sous une forme simple et sans jargon.
C'est simple, elle a été parmi les premiers à s'intéresser à l'or et à prédire sa hausse continue. Elle a mis en garde le grand public -- bien avant la presse généraliste -- de l'explosion de la bulle internet en 2000... des dérèglements financiers mondiaux de l'après 11 septembre 2001... de la bulle des junk bonds de 2001... de la bulle immobilière américaine en 2007... de la crise des dettes souveraines dès fin 2009...
Plus récemment encore, elle a averti ses lecteurs du risque pesant sur les obligations grecques, espagnoles ou portugaises – ou sur de nombreux placements autrefois sûrs, et désormais à fuir. Elle n'a pas attendu pour cela la dégradation des notes souveraines de ces Etats ou encore celle, en juin 2012, de grandes banques comme la Société Générale ou BNP Paribas.
Simone Wapler travaille tous les jours pour vous permettre d'avoir un temps d'avance sur les autres et vous aider à protéger votre capital contre les dangers qui le menacent.
Elle est également rédactrice en chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

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