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élections présidentielles en France
Ecrit par Yann Boutaric

Ce dimanche, le second tour des élections présidentielles a mis fin à de longues semaines d’une campagne particulièrement intense et riche en rebondissements.

Et si les candidats étaient en première ligne, les médias n’en sont pas sortis indemnes.

D’une part, de nombreux lecteurs, téléspectateurs, observateurs les ont accusés de complaisance coupable envers certains des candidats – déjà ou par conséquent – favoris.

D’autre part, certains candidats leur ont reproché de « s’acharner » sur leur personne, en cherchant à tout prix à ternir leur réputation. Une accusation qui s’est alors naturellement répandue chez leurs sympathisants.

Bien sûr, nous ne parlons pas des mêmes médias : il y a la presse mainstream d’une part, détenue et soutenue par des forces financières dont les intérêts peuvent museler les convictions discordantes ; et il y a la presse indépendante d’autre part, dont on ne partage pas forcément les opinions mais qu’il est impossible de suspecter de collusions avec les puissants.

Il se pourrait très bien que vous fassiez partie de ceux que ce « hallali médiatique » a agacés. Dans la boîte mail de la rédaction de Libre d’Agir, il nous arrive de recevoir des messages qui reprochent à notre dessinateur d’en parler, comme les autres. Après tout, des affaires existent peut-être sur d’autres candidats, qui ne sont pas sorties…

Certes.

Toujours est-il qu’à la suite de ces révélations qui ont bouleversé la campagne présidentielle, le député LR Jean-François Mancel a proposé de supprimer un principe fondamental de la liberté de la presse en levant le secret des sources des journalistes.

Dans cette proposition de loi, il suggère de changer l’alinéa 3 de l’article 2 de la loi de 1881 en ces termes :

Il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que dans deux cas : si une personne physique ou morale mise en cause en demande la levée ; si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie. Les mesures de levée du secret des sources doivent être proportionnées au but légitime poursuivi.

En résumé, tout le monde peut en demander l’accès s’il se sent concerné.

En juillet 2016, sur proposition de loi PS, l’Assemblée avait déjà dangereusement élargi les cas où la justice serait susceptible de porter atteinte au secret des sources des journalistes.

Pour ce qui est de limiter l’indépendance de la presse et donc de favoriser leurs petits arrangements entre amis, les responsables de la droite et de la gauche semblent en parfaite harmonie.

Car le secret des sources est bien le socle sur lequel repose l’indépendance des médias. Plus on élargit ses possibilités de levée, plus on met de pression sur ceux qui font entendre une voix dissonante. On tend alors vers encore plus de copinage, d’entre-soi.

Ce climat est révélateur de la tendance actuelle dénoncée par l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI) qui estime dans son bilan 2017 qu’un « vent mauvais souffle sur l’information » notamment en raison de « tentatives de brider le travail des journalistes, par des refus d’accréditation, des pressions ou des menaces ».

Ce vent est mauvais car il pousse l’information dans le même sens, l’uniformise, repousse les électrons libres qui ont des envies d’ailleurs. Les sources d’information, c’est précisément quand tout le monde a les mêmes que cela pose problème.

On peut effectivement s’étonner que ces affaires aient été révélées en pleine campagne présidentielle. Mais réjouissons-nous : elles prouvent que certains médias sont encore – jusqu’à quand ? – libres et indépendants.

Et puis n’attendons pas trop du prochain chef de l’État : vous êtes le seul candidat qui vous aidera vraiment à atteindre vos objectifs.

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Yann Boutaric

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